Dossier : Concentration des médias : La riposte judiciare

Concentration des médias : La riposte judiciaire

Dix milliardaires sont propriétaires de 90 % des journaux quotidiens nationaux distribués chaque jour en France, et de la moitié des télévisions et radios. Le collectif StopBolloré, dont Politis est partie prenante, entend réagir.

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Dix milliardaires ont fait main basse sur une partie de la presse française. Ces oligarques, venus du BTP, de l’armement, du luxe ou de la téléphonie, sont propriétaires de 90 % des journaux quotidiens nationaux distribués chaque jour en France, et de la moitié des télévisions et radios. Une concentration inouïe des moyens de production de l’information qui met en péril le pluralisme de la presse, et donc le bon fonctionnement de notre démocratie, déjà fragile. Si cette situation très inquiétante est connue depuis des années, le raid politique et idéologique de Vincent Bolloré est le plus arrogant, le plus avancé.

La casse de médias dont il devient propriétaire, mis au service d’une idéologie réactionnaire, est visible de chacun. Avec son soutien, les obsessions identitaires et anti-islam d’Éric Zemmour ont envahi le débat public. Malgré ses condamnations pour « provocation à la discrimination raciale » et pour « provocation à la haine » envers les musulmans, la présence quotidienne du polémiste réactionnaire à l’antenne de CNews lui a permis d’étendre son influence. Jusqu’à présent, les gouvernements successifs sont, au mieux, restés passifs, quand ils n’ont pas été complices. Comment accepter une telle prédation ?

Face au danger et à l’inaction coupable, une démarche concertée de citoyens et de citoyennes, associations, syndicats, de journalistes et d’avocats, de chercheurs et d’éditeurs est lancée. Politis est partie prenante de ce collectif défenseur du pluralisme, qui a identifié deux puissants leviers : l’arme juridique d’abord. Des plaintes cherchent à démontrer la responsabilité pénale des dirigeants de CNews dans la diffusion de ces discours de haine. Le collectif entend aussi, et pour la première fois, saisir l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) sur l’ensemble des dérives de l’antenne de la chaîne. 

Le second levier est médiatique. Une arme efficace pour sensibiliser aux dangers de ces dérives. Mais dans cette campagne présidentielle où la droite extrême vient concurrencer l’extrême droite, ce sujet ne peut pas relever que de la société mobilisée. Des engagements doivent être pris pour protéger le pluralisme de la presse et l’indépendance des rédactions, véritables matières premières de la démocratie. Une refonte de la loi de 1986 sur la concentration des médias, désormais obsolète, est plus qu’urgente.

Empêcherons-nous Vincent Bolloré de dormir ? Sans doute pas. Empêcherons-nous d’autres oligarques de suivre ses traces ? Et pourquoi pas ? Cela dépend aussi de cette campagne citoyenne qui s’ouvre. Chères lectrices, chers lecteurs, nous espérons que vous serez à nos côtés dans cette nouvelle bataille pour la démocratie et le pluralisme de la presse. Nous vous y inviterons, concrètement, dans les jours qui viennent.


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