« Media crash », l’hyper-concentration des médias nuit à la démocratie

Un documentaire, produit par des journalistes de Mediapart et Premières lignes, enquête sur la fabrique de l’information dans les grands médias détenus à 90 % par 9 milliardaires. Avec l’objectif de susciter un débat sur ce sujet d’intérêt général.

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Mainmise des grands patrons sur des journaux, des télévisions, des radios, intimidation, pression sur les journalistes... Le film de Luc Hermann (Premières lignes) et Valentine Oberti (Mediapart), structuré en trois chapitres, montre à travers plusieurs exemples les effets délétères de l’hyper-concentration des médias dans notre pays. Les grands perdants en sont la qualité de l’information et les citoyens puisque « en cachant ce qui est essentiel, en grossissant ce qui est accessoire, ces médias façonnent, orientent, hystérisent pour certains le débat ».

La première partie, intitulée « les incendiaires », revient sur la brutale prise de pouvoir de Vincent Bolloré sur le groupe Canal plus avec ses effets bien connus : disparition du Zapping, des Guignols de l’info, les journalistes d’I-télé rebaptisée Cnews poussés au départ, la transformation avec Cnews de cette chaîne d’information en une chaîne d’opinions d’extrême droite en continu, la promotion de Zemmour dans les émissions d’Hanouna sur C8… Plus récente, la prise de contrôle d’Europe 1 par Bolloré atteste de « son appétit insatiable pour les médias, qu'il remodèle à son image ou en fonction de ses objectifs ».

On apprend dans le second chapitre, « les barbouzes », comment le même magnat a pu priver Le Monde de quelques 12 millions de recettes publicitaires sur deux ans en représailles d’une enquête publiée par le quotidien en 2014 concernant le monopole de Bolloré sur le port d’Abidjan. Mais Bernard Arnault y est à son tour largement épinglé pour la surveillance, commandée à Bernard Squarcini, ex-patron du renseignement intérieur reconverti dans la sécurité privée de LVMH, de François Ruffin et de l’équipe de Fakir lors du tournage du film « Merci Patron ». Dans une séquence sidérante, Bernard Arnault menace directement le journaliste de France 2 Tristan Waleckx, coupable de s’être lancé dans un portait de la première fortune de France pour le magazine « Complément d’enquête ».

Sont aussi évoqués la rétractation de Ziad Takieddine bidonnée par Paris-Match pour tenter de blanchir Sarkozy dans l’affaire du financement libyen ou encore, dans la troisième partie consacrée aux « complices », la censure d'une enquête sur Jérôme Cahuzac dans Le Point et une incroyable histoire de faux jugement camerounais favorable à Vincent Bolloré. Valentine Oberti y révèle également comment elle a fait l'objet de pressions gouvernementales puis d'un « rappel à la loi » après avoir questionné la ministre des Armées sur l'utilisation d'armes françaises au Yémen quand elle était journaliste pour l'émission « Quotidien » de Yann Barthès sur TMC (TF1).

Réalisé en seulement quatre mois, dans des délais très courts, Media crash, n’est « pas un film de cinéma », conviennent ses réalisateurs, mais « un film d’intervention grand public » destiné, en étant projeté au cinéma, à interpeller les citoyens sur les effets de l’hyper-concentration des médias utilisés par les milliardaires qui les possèdent pour « défendre leurs intérêts privés, au détriment de l’information d’intérêt public ». Sorti en salle le 16 février, le film est accompagné de nombreuses projections-débats dans toute la France avec les équipes de Mediapart, de Premières lignes, ainsi que des médias indépendants, dont Politis.

Lundi 21 février, à l’Espace Saint-Michel de Paris, Agnès Rousseaux, directrice de Politis et Basta !, sera présente avec Ilyes Ramdani au débat qui suivra la projection de 20h15.

Voir > Le calendrier des projections-débats dans toute la France

© Politis


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