81 exécutions en un jour en Arabie saoudite : un message au monde

Par son ampleur, le signal a valeur de démonstration de force internationale.

Politis  • 16 mars 2022
Partager :
81 exécutions en un jour en Arabie saoudite : un message au monde
Mohammed Ben Salmanen
© Bandar AL-JALOUD / Saudi Royal Palace / AFP

Pendant qu’une bonne partie de la planète a les yeux rivés sur les agissements meurtriers du dictateur Poutine, un autre régime aussi peu recommandable expédie lestement ses sordides affaires courantes. Le 11 mars dernier, la justice saoudienne a exécuté 81 personnes accusées d’appartenir à des groupes terroristes. Bien plus que pour toute l’année 2021 (69 exécutions), et que lors du précédent « record » de l’ère Mohammed ben Salmane (47 exécutions en un jour, en 2016). L’exécution de masse, sinistre spécialité de Riyad, est un outil de communication politique. Désobéir au régime wahhabite ultra-conservateur se traduit par l’application la plus sanguinaire de la charia. Et dans la plus grande opacité judiciaire.

Mais, par son ampleur, le signal a valeur de démonstration de force internationale. Si la plupart des détenus étaient saoudiens, une moitié se reconnaissait de confession chiite. On peut y trouver l’explication de la suspension par l’Iran, qui adhère à 90 % à ce courant de l’islam, des pourparlers conduits avec son grand ennemi saoudien, tout aussi massivement sunnite, pour normaliser des relations rompues depuis 2016. Le programme nucléaire de Téhéran, à visée militaire dissimulée, est une vraie préoccupation pour Riyad.

Cependant, le royaume cible aussi le monde occidental. Le Gulf Center for Human Rights souligne que les exécutions ont eu lieu conjointement à la libération sous la pression internationale de l’influent blogueur Raif Badawi, après dix ans de prison. Une affirmation d’inflexibilité face à un droit-de-l’hommisme honni par le régime saoudien. Le message est aussi adressé aux États-Unis, qui pressent les pays du Golfe d’augmenter leur production de pétrole afin de calmer la hausse des prix consécutive à l’exclusion partielle de la Russie du marché des hydrocarbures. Par la sanglante démonstration du 11 mars, l’Arabie saoudite entend rappeler qu’aucun pays n’est en mesure de lui dicter sa conduite, alors qu’elle détient l’une des clés des cours pétroliers internationaux.

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Le cercle des poètes de Gaza
Reportage 21 juillet 2026 abonné·es

Le cercle des poètes de Gaza

Ils ont entre 18 et 25 ans. À l’appel de l’Institut français de Gaza et de l’ONG Academic Solidarity with Palestine, une soixantaine de jeunes Gazaouis ont envoyé des poèmes et des vidéos en français pour dire la guerre, les absents ou encore l’avenir qu’ils tentent d’imaginer.
Par Alice Froussard
Prisonniers syriens en Israël : « Nous voulons savoir où sont nos enfants »
Reportage 17 juillet 2026 abonné·es

Prisonniers syriens en Israël : « Nous voulons savoir où sont nos enfants »

Quarante-sept Syriens seraient aujourd’hui détenus dans des prisons israéliennes. Dans les villages du sud de la Syrie, les familles tentent de localiser un fils, un mari ou un père dont elles sont sans nouvelles depuis parfois plusieurs mois.
Par Pauline Vacher et Charles Cuau
« Les centres de détention libyens sont, par définition, des camps de concentration »
Entretien 10 juillet 2026 abonné·es

« Les centres de détention libyens sont, par définition, des camps de concentration »

David Yambio, fondateur de Refugees in Libya se dit « hanté » par le silence des Européens après que les députés européens ont adopté le règlement « Retour ». Il explique qu’en Libye, les politiques de l’Union européenne retiennent des milliers de personnes prisonnières et les condamnent à mort.
Par Pauline Migevant
Guyane : la guerre à l’orpaillage illégal est déclarée
Enquête 9 juillet 2026 abonné·es

Guyane : la guerre à l’orpaillage illégal est déclarée

À la frontière avec le Brésil, les habitants de Camopi vivent depuis des décennies sous l’emprise des chercheurs d’or clandestins. Alors que l’État revendique des opérations militaires régulières, les autorités coutumières dénoncent une protection insuffisante.
Par Tristan Dereuddre