Emmanuel Macron : le youtubeur candidat

Dans sa mini-série façon Netflix, le candidat surjoue la proximité avec ses équipes, mais apparaît en réalité seul face à la multitude de ses obligés.

Cet article est en accès libre. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas se financer avec la publicité. C’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance : achetez Politis, abonnez-vous.


Emmanuel Macron est-il un président en exercice aspirant à sa propre succession ? Ou un influenceur comme les autres ? Le pensionnaire de l’Élysée refuse visiblement de choisir, comme l’atteste le visionnage de la web-série « Le Candidat ». Les 3 épisodes déjà disponibles, long de 5 à 10 minutes, sont directement inspirés d’une série Netflix. Comme le moule qu’elles singent, ces Ocni – pour objets de campagne non identifiés – sont parfaitement léchés techniquement. Stéphane Gillot, le réalisateur de ces longs clips hagiographiques, respecte à la lettre le cahier des charges : le pensionnaire de l’Élysée doit être de tous les – gros – plans. La dimension personnelle du protagoniste renforcée par de faux moments de doutes, d’hésitations, tremblements de la caméra à l’appui. La photographie dominée, de manière on ne peut moins subtile, par le triptyque bleu, blanc, rouge. Il convient enfin de jouer avec les symboles du pouvoir – le palais de la présidence de la République – et ceux de la France éternelle – les bords de Seine avec la tour Eiffel en arrière-plan.

Sur le fond, c’est à un exercice inédit que se livre Emmanuel Macron. Jamais un président de la Ve République, a fortiori en plein campagne électorale, n’avait dans un même mouvement refusé le débat démocratique et tenté de jouer la proximité avec le peuple comme le lui permettent désormais les réseaux sociaux et les plateformes de partage vidéo. Quant au succès d’une entreprise qui désacralise encore un peu plus la fonction, il reste largement à démontrer. Si le candidat surjoue la proximité avec ses équipes, allant jusqu’à tutoyer ses gardes du corps, il apparaît en réalité seul face à la multitude de ses obligés, qu’ils soient membres du gouvernement, parlementaires ou simples employés du QG de campagne. Les communicants qui entourent Emmanuel Macron ont sans aucun doute appuyé lourdement sur son talon d’Achille : le manque d’humilité. Le chef de l’État tente d’y remédier, sans succès, tant il joue à contre-emploi. Le rictus fat et figé qui lui revient aussi fréquemment que mécaniquement ne peut masquer la morgue affichée au cours des cinq dernières années.

Enfin, sur la mesure indiscutable qu’est celle de l’audience, l’échec est patent : à l’heure de boucler votre magazine, les épisodes ne comptaient respectivement que 345 000, 134 000 et 74 000 vues sur YouTube. Des scores en baisse constante et qui restent tendanciellement très en deçà de ceux d’Éric Zemmour par exemple. Si ces clips ne devraient influencer le scrutin qu’à la marge, ils viennent nourrir la détestation d’un homme qui endosse de plus en plus souvent le rôle d’un personnage plutôt que celui que lui confèrent ses fonctions.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.