L’imposture sociale de Marine Le Pen

Le pouvoir d’achat est au cœur de la campagne de la candidate du Rassemblement national. Elle affirme défendre un programme en direction du peuple, alors même qu’elle reste fidèle à l’idéologie libérale.

Dans cette nouvelle phase de sa banalisation, Marine Le Pen n’a plus qu’un mot à la bouche : le pouvoir d’achat. « Je vais tout faire pour rendre encore une fois du pouvoir d’achat à l’ensemble des Français. » « Je rendrai entre 150 et 200 euros par mois et par ménage. » « Je veux rendre leur argent aux Français. »

La candidate du Rassemblement national ne parle quasi exclusivement, du moins en apparence, que de cela. Faisant presque passer au second plan les vieilles antiennes de son parti sur la priorité (ou préférence) nationale, l’identité française, l’immigration incontrôlée et le « dépeuplement » ou la fin du droit du sol. La petite musique historique de l’extrême droite aurait-elle changé ? Le choix, dès l’automne, d’axer sa campagne sur le pouvoir d’achat s’est en tout cas révélé efficace. La fille de Jean-Marie Le Pen, un temps menacée par Éric Zemmour, le devance largement dans les sondages, qui la qualifient pour le second tour face à Emmanuel Macron.

Suppression de la redevance audiovisuelle, baisse de la TVA sur l’énergie de 20 % à 5,5 %, suppression de l’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans… Ce sont là quelques-unes des propositions qu’égrène Marine Le Pen pour enfiler le costume de « candidate du peuple ». Mais sa mesure phare, martelée dans diverses déclinaisons au gré de ses interventions médiatiques, consiste à « permettre aux entreprises d’augmenter les salaires de 10 % en les exonérant de cotisations patronales (pour les salaires allant jusqu’à 3 fois le Smic) », selon la formulation écrite noir sur blanc dans ses « 22 mesures pour 2022 ».

Haro sur les « charges »

« C’est de la poudre aux yeux, réagit un économiste qui tient à conserver l’anonymat (1), membre du collectif de chercheurs “hétérodoxes” des Économistes atterrés. Il n’y a aucune forme de contrepartie. Cette proposition n’a rien de contraignant pour les entreprises. » De plus, en ciblant « les salaires allant jusqu’à 3 fois le Smic », elle propose, selon l’économiste, « une mesure “affichage” qui vise en réalité tout autant les salaires élevés que les classes moyennes et ceux qui touchent le Smic ».

Diminuer les cotisations sociales réduit la solidarité collective.

« Mais elle n’est pas la seule à proposer cela : Valérie Pécresse va plus loin et Emmanuel Macron propose une mesure similaire », relève Henri Sterdyniak, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et cofondateur des Économistes atterrés. La candidate des Républicains prévoit d’augmenter de 10 % sur cinq ans les salaires inférieurs à 2 800 euros net par mois, « grâce à une politique de baisse de charges et d’allègement des normes ». Quant au président de la République, il propose de tripler la prime de 1 000 euros qui porte son nom, sans charge ni impôt. Cette prime « zéro charge » avait déjà été avancée, au montant près, par Éric Zemmour. La même philosophie conduit l’autre candidat d’extrême droite à promettre de baisser le taux de la contribution sociale généralisée (CSG) sur tous les salaires inférieurs à 2 000 euros net par mois.

Ces différentes mesures relèvent d’un même courant de pensée. « La tradition à droite et du libéralisme, c’est de croire que tout serait mieux s’il n’y avait pas de cotisations sociales », explique Henri Sterdyniak. Une doctrine clairement néolibérale, selon Anne Eydoux, maîtresse de conférences au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), également membre des Économistes atterrés : _« L’État se met au service des entreprises en remplaçant des dépenses privées par des dépenses publiques, et manifeste une confiance aveugle dans les incitations, comme si baisser le coût du travail suffisait pour que les employeurs adoptent le comportement souhaité par le gouvernement. »

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