Russian go home !

On aimerait que certains de nos géopoliticiens de proximité se rappellent que, oui : la Russie a perpétré d’abominables crimes.

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Ce qu’il y a d’intéressant, avec la réalité, c’est qu’elle est un tout petit peu plus complexe et contrastée que ne le suggèrent, dans nos parages, les stratégistes qui, négligeant que le monde a tout de même pas mal changé depuis 1922, en sont encore à nous raconter que tous ses malheurs viennent des Norteamericanos, et que les Russes peuvent, c’est vrai, se montrer eux aussi un peu rugueux, mais qu’il faut les comprendre – car, après tout, l’Otan n’avait qu’à pas menacer d’annexer Srednekolymsk.

Ainsi, oui : les États-Unis d’Amérique ont effectivement perpétré, tout au long de leur histoire, des Philippines (remember Samar, 1901) à l’Irak en passant par le Vietnam, d’abominables crimes de guerre – et contre l’humanité –, qui n’ont effectivement, et c’est le moins qui se puisse dire, jamais été sanctionnés comme ils auraient dû l’être. Et oui, donc : s’il y avait en ce bas monde une véritable justice, l’économie yankee aurait été, de très longue date, gelée comme l’est désormais celle de la Russie. Et il y a beau temps que plus aucun appareil des American Airlines ne serait autorisé à survoler Roissy.

D’autre part, et en vrac : oui, aussi, il y a des néonazis en Ukraine.

Et oui, encore, la mobilisation planétaire en faveur des droits élémentaires des Ukrainien·nes à laquelle nous assistons depuis que leur pays a été envahi par les troupes russes, pour admirable qu’elle soit – et elle l’est, assurément –, laisse aussi comme un arrière-goût d’amertume quand on pense au misérable sort que la « communauté internationale » réserve dans le même temps à ceux, quotidiennement bafoués, des Palestinien·nes.

Mais rien – rien – de tout cela ne justifie l’agression russe contre l’Ukraine, que Noam Chomsky a très justement qualifiée de « crime de guerre majeur, au même titre que l’invasion américaine de l’Irak et l’invasion de la Pologne par Hitler et Staline en septembre 1939 – pour ne prendre que deux exemples marquants » (1).

Et de vrai, on aimerait assez que certains de nos géopoliticiens de proximité, surmontant leurs tropismes, se rappellent que, oui : la Russie a perpétré, tout au long de son histoire, d’abominables crimes de guerre, et contre l’humanité. Oui : il y a, non moins qu’en Ukraine, des néonazis en Russie, où les militant·es antifascistes sont par ailleurs soumis·es à une répression extrêmement brutale. Et, oui : Vladimir Poutine (2) est un despote nationaliste, doublé d’un criminel de guerre.

« Ni Moscou ni Washington » ? C’est parfait sur le papier – personne ici ne dira le contraire. Mais il serait sans doute temps de comprendre aussi que, vu depuis Alep ou Kharkiv écrasés par les bombes russes, ce beau balancement peut ressembler d’assez près à une méchante plaisanterie.

(1) « Ukraine : le regard de Noam Chomsky », revue-ballast.fr, 4 mars 2022.

(2) Qui n’est plus guère soutenu, à fort peu près, que par Bachar Al-Assad et – plus près de chez nous – par le maurrassiste Éric Zemmour.


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