Dossier : Battre Le Pen maintenant, combattre Macron demain

À Chalindrey, le choix du vote « coup de poing »

Dans la commune de Haute-Marne, qui votait traditionnellement à gauche, on se tourne désormais vers Marine Le Pen. Par sentiment d’un manque de considération et volonté de changement.

On l’appelle le « pays des sorciers ». La légende raconte qu’au XVIe siècle le diable s’était installé sur la colline du Cognelot, à Chalindrey, d’où il organisait le sabbat des sorciers et des sorcières venus des villages alentour. Après des années de chasse aux possédés, les habitants de cette commune de Haute-Marne ont choisi la discrétion. Pourtant, en ce vendredi 15 avril, à neuf jours du second tour de la présidentielle, les sorciers de Chalindrey ont beaucoup à dire.

« C’est pour tout le monde pareil, on en a marre. Un ras-le-bol général. » Il est 10 h 30, la voiture d’Aurélien, la quarantaine, vient de passer au contrôle technique. Dans le bureau blanc cassé où trône un grand fauteuil en cuir noir, ce technicien de maintenance pour des réseaux souterrains d’acheminement de pétrole pose des mots sur une tendance qui monte. Dans le village cheminot de près de 2 500 habitants, qui votait majoritairement à gauche jusqu’en 2012, on se tourne désormais vers Marine Le Pen : elle a recueilli 38 % des voix au premier tour, soit 9,5 points de plus qu’en 2017.

« Je ne suis pas un pro-RN, loin de là. Mais je trouve ça normal. Qu’à un moment donné la pression monte parce qu’on se moque des gens. » Aurélien fait partie de ceux qui ont « cru en quelque chose avec Macron ». Un président « jeune, porteur d’un certain élan, d’idées intéressantes ». Aujourd’hui, il y croit bien moins. Il dénonce l’augmentation des prix, les lobbys qui « tirent les ficelles », la répartition des richesses qu’il juge inappropriée. « Je suis plutôt du genre à dire que ceux qui ne travaillent pas devraient ne rien avoir ou pas grand-chose, tandis que ceux qui se donnent la peine de travailler, même dans un emploi crasseux à souhait, devraient pouvoir en vivre décemment. »

« Emmanuel Macron se fout de nous, il n’a même pas mené campagne. »

Cette année, et pour la première fois de sa vie, Aurélien a voté Rassemblement national. Pour « le coup de poing ». « Marine Le Pen est peut-être dans l’excès sur certains points, mais elle s’est assouplie sur d’autres. Et si elle est élue, elle risque d’être verrouillée et ne pourra pas faire tout ce qu’elle veut. » Pour lui, la candidate du RN est « une ancienne extrême droite ». Signe qu’à Chalindrey la dédiabolisation a fonctionné. Aurélien votera Rassemblement national au second tour. En attendant, il doit filer : « madame » l’appelle au téléphone. Il a parlé pendant près d’une heure, il est en retard pour déjeuner.

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