Recréer du possible

Le score cumulé historiquement bas qui s'annonce au premier tour de la présidentielle invite les forces du progrès sociales et écologiques à une profonde remise en question.

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La colère et le désarroi. Ces deux sentiments prédominent au sein du peuple de gauche face au cruel constat qui s’impose en vue du premier tour de l’élection présidentielle. Les forces de progrès sociales et écologiques devraient réaliser au premier tour un score cumulé historiquement bas. La proportion des inscrits sur les listes électorales enclins à glisser dans l’urne un bulletin en faveur de n’importe quel candidat situé à gauche d’Emmanuel Macron n’a pas progressé en cinq ans. Elle stagne, en moyenne, entre 27 et 30 %. Sur la même période, celle de l’extrême droite est quant à elle passée de 25 % à près de 34 %. Il existe une forme de sidération à constater qu’une qualification au second tour de Jean-Luc Mélenchon résulterait d’une scission du camp de la haine, Éric Zemmour siphonnant une partie des votes de Marine Le Pen.

C’est à une profonde remise en question que doivent se livrer non seulement le Parti communiste français, La France insoumise, Europe écologie-Les Verts mais également l’ensemble des forces sociales-démocrates, dont l’existence politique et sociologique perdure évidemment dans notre pays. Une introspection indispensable pour que les cinq ans qui viennent ne ressemblent en rien aux cinq longues années que nous venons de traverser. Alors que le mot « union » fut de tous les discours, chacune de ces formations s’est présentée seule au scrutin le plus structurant de la Ve République. Une posture qui a poussé chaque formation à mettre l’accent sur ce qui la différencie, bien davantage que sur les sujets qui rassemblent. Le travail de rapprochement programmatique n’aura jamais eu vraiment lieu. Le Parti communiste et La France insoumise ont très tôt choisi la stratégie du cavalier seul.

LFI risque ainsi le plafonnement au troisième rang du scrutin quand les communistes français se condamnent à une présence relevant, au mieux, du témoignage. Certaines alliances « naturelles », à l’instar de celle que devaient nouer le PS et EELV, auraient dû voir le jour à l’aune des urgences de notre temps. Ces deux formations n’ont de toute évidence pas soldé le passif qui les oppose depuis le quinquennat d’un trio de triste mémoire, formé par François Hollande, Manuel Valls et Myriam El Khomri, et qui aura abîmé jusqu’à la conception du mot « gauche » à force de libéralisation, de reculs sur les droits sociaux et les libertés publiques. Le choix qui s’offre aux forces progressistes est désormais binaire : tenter de régner sur un champ de ruines. Ou bien créer, enfin, du possible. Un espoir à ne pas caresser de trop près alors même que, en coulisse, les rivalités d’appareil pointent déjà en vue du prochain scrutin législatif.


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