Aux frontières de la France : terre d’écueil
Créé par la loi Quilès, le régime juridique de la zone d’attente a 30 ans. Les candidats à l’asile qui s’y trouvent y voient souvent leurs droits bafoués.
Article paru
dans l’hebdo N° 1706 Acheter ce numéro
dans l’hebdo N° 1706 Acheter ce numéro

Zone d’attente de l’aéroport de Paris-Orly, le 22 avril. Entravé et sous escorte, un jeune Camerounais de 29 ans est refoulé en direction d’Athènes après dix-sept jours d’enfermement aux frontières. Il n’a pas été autorisé à entrer sur le territoire français pour y déposer une demande d’asile, comme il l’avait prévu. Lorsque nous le rencontrons, le 14 avril, il dit qu’il est « comme en prison », qu’il ne sait « plus quoi faire pour en sortir ». Il se sent mal, il est angoissé, il n’arrive presque plus à manger.
Le jeune homme ne le sait pas encore mais, quelques jours plus tard, tous ses recours légaux auront échoué et il sera refoulé. Dans l’avion, il sera sédaté et isolé des autres passager·ères. Sans doute pour éviter qu’il fasse un « scandale » et empêche l’avion de décoller. Laure Palun, la directrice de l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé), l’observe chaque jour : « Les conséquences de l’enfermement » et « de toutes les violations des droits qu’il entraîne » sont souvent « difficiles à expliquer et à percevoir ».
Retour en 1992, il y a tout juste trente ans. La loi Quilès – maintes fois amendée depuis – esquisse les premiers contours du cadre légal de l’enfermement aux frontières en créant le régime juridique de la zone d’attente (ZA). Toutes les personnes étrangères se voyant refuser l’accès au territoire français peuvent y être maintenues pour une durée maximale de 26 jours. Soit parce qu’elles ne remplissent pas les conditions d’entrée (1), soit parce qu’elles sont en transit interrompu, soit parce qu’elles souhaitent demander l’asile à la frontière.
En France, il existe 97 zones d’attente : dans les ports, les gares ou les aéroports internationaux, elles se matérialisent entre les points d’embarquement ou de débarquement des passager·ères et les postes de contrôle de la police aux frontières (PAF). Coincé sur un bout de terminal, comme à Strasbourg, ou dans les sous-sols dégradés du poste de police de l’aéroport de Marseille, aucun lieu d’hébergement de ZA ne ressemble à un autre. Tous, cependant, doivent répondre à une obligation légale : dispenser des « prestations de type hôtelier ». Ce qui est loin d’être le cas.
Dans ces espaces relevant de la zone internationale, certains droits sont garantis aux personnes non admises : le droit de consulter un médecin, un avocat, ou
Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :
Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
Publié dans les dossiers
France, terre d’écueil : Enquête au cœur des zones d’attente et Aux frontières, la France inhumaine
France, terre d’écueil : Enquête au cœur des zones d’attente et Aux frontières, la France inhumaine
Temps de lecture : 14 minutes
Pour aller plus loin…
Entretien • 9 avril 2026
« La répression ne va pas éteindre les free parties »
Dans sa pièce de théâtre documentaire Tribe, le metteur en scène et auteur Pierre Levent revient sur les répercussions du regard médiatique et politique sur les free parties.
Par Hugo Boursier
Analyse • 9 avril 2026
abonné·es
Free parties : l’assaut est lancé contre les sound systems
Propositions de loi, projet gouvernemental, mission sénatoriale : les free parties, rassemblements techno festifs, sont redevenues une cible politique. Une offensive qui s’inscrit dans une longue histoire de méfiance et de répression à l’égard de la fête libre.
Par Maxime Sirvins
Rencontre • 9 avril 2026
abonné·es
Dans les lycées du 93, « plus aucun de nos élèves n’arrive à se régulariser »
Depuis la circulaire Retailleau, en Seine-Saint-Denis, les lycéens étrangers ne peuvent plus se régulariser. Soutenus par les équipes pédagogiques, ils racontent le « combat » qu’est leur vie et la peur des OQTF. Fin décembre, un lycéen du 93 a été expulsé vers le Maroc.
Par Pauline Migevant
Enquête • 8 avril 2026
abonné·es
Handicap : la France à rebours du droit international
Historiquement enferré dans une logique institutionnelle, l’État impose aux personnes handicapées un quotidien en établissement médico-social. Un schéma dénoncé par l’ONU, qui prône une nécessaire désinstitutionnalisation. En dépit de mobilisations, celle-ci est loin d’être envisagée.
Par Elsa Gambin
Best of
Les plus lus
1
Dans les lycées du 93, « plus aucun de nos élèves n’arrive à se régulariser »
2
Loana Petrucciani : autopsie d’un féminicide médiatique
3
Neuf listes, huit défaites : le vrai bilan de Glucksmann au second tour des municipales
4
Affaire Deranque : « Nous, descendant·es de personnes déportées et résistantes, nous ne pouvons plus nous taire »
Les plus partagés
1
France-Israël : de la lâcheté à la complicité
2
« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »
3
« J’ai pris conscience que la démocratie, c’était pas que pour les autres »
4
La mort effroyable de Quentin Deranque et l’inversion morale du débat public
Les plus récents
1
Frappes israéliennes au Liban : « Les responsables doivent être amenés devant la justice et rendre des comptes »
2
Loi Rodwell : les droits des trans dans le viseur
3
Peine de mort pour « terrorisme » en Israël : la France doit saisir le Comité des droits de l’Homme
4
« La matière criminelle n’est pas un stock à résorber »