Élisabeth Borne, parfaitement caricaturale

Madame Borne s’est toujours tenue parfaitement coite quand Monsieur Blanquer tenait ces propos d’extrême droite.

Sébastien Fontenelle  • 23 mai 2022
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Élisabeth Borne, parfaitement caricaturale
© Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

L e Monde rapporte qu’à peine installé par Emmanuel Macron au ministère de l’Éducation nationale – où il remplace comme on sait Jean-Michel Blanquer –, Pap Ndiaye s’est retrouvé « sous le feu des critiques venues tout droit de l’extrême droite ». Plus précisément : Marine Le Pen et Éric Zemmour « ont estimé » que sa nomination constituait « la preuve d’une volonté d’Emmanuel Macron de “déconstruire” l’histoire de France ». Car Pap Ndiaye « défend l’indigénisme » et « le racialisme », explique la cheffe du Rassemblement national. Et Zemmour de confirmer : « C’est un vrai intellectuel indigéniste, un vrai woke », qui va donc « déconstruire l’histoire de France ».

Fort heureusement, nous dit aussi Le Monde, la nouvelle Première ministre (NPM), Élisabeth Borne, oyant ces vilenies, est immédiatement « montée au créneau pour défendre son ministre de l’Éducation » : drapée dans une irréprochable dignité républicaine, elle a jugé que les propos de Le Pen et Zemmour étaient « parfaitement caricaturaux », et a précisé que cela « ne [l’]étonn[ait] pas » du tout « de la part » de leurs auteur·es. Et tout ça – la réaction de la NPM, et l’empressement du Monde à nous dire à quel point elle s’est montrée ferme et noble dans sa condamnation des vociférations de l’extrême droite – est assurément très beau. Mais cela n’a qu’un lointain rapport avec la réalité.

Car dans la vraie vie, Marine Le Pen et Éric Zemmour, lorsqu’ils tiennent les propos « parfaitement caricaturaux » que dénonce Élisabeth Borne, ne font que mettre leur pas dans ceux du prédécesseur de Pap Ndiaye à l’Éducation nationale. Car dans la vraie vie, c’est bien Jean-Michel Blanquer, lesté du poids que lui conférait son statut de ministre, qui a installé dans le débat public, depuis le sommet de l’État, ses divagations à répétition sur le « wokisme ». Dans la vraie vie, c’est bien Jean-Michel Blanquer – et non Marine Le Pen ou Éric Zemmour – qui soutenait par exemple, en octobre 2021, dans un entretien avec trois journalistes du Monde, que « la France et sa jeunesse » devaient « échapper à l’idéologie woke », dont il suggérait sans rire (1) qu’elle avait « pu amener Donald Trump au pouvoir ». Dans la vraie vie, c’est bien Jean-Michel Blanquer qui a, autre exemple, honoré de sa présence, à la Sorbonne, au mois de janvier dernier, un colloque réactionnaire dont les organisateurs s’étaient donné pour objectif de « déconstruire la déconstruction » à grand renfort de vitupérations, là aussi, contre l’« indigénisme » le « racialisme » et le « wokisme ».

Et dans la vraie vie : Madame Borne, qui siégeait dans le même gouvernement que lui, s’est toujours tenue parfaitement coite, quand Monsieur Blanquer tenait ces propos dont elle soutient désormais qu’ils sont « parfaitement caricaturaux », et clairement d’extrême droite. De sorte que, lorsqu’elle promet, dans Le Journal du dimanche, de ne « jamais mentir aux Français » : on serait presque tenté de lui demander aussi de ne plus les prendre pour des imbéciles.

(1) Et sans être le moins du monde rappelé à un minimum de décence par ses trois intervieweuses.

Publié dans
De bonne humeur

Sébastien Fontenelle est un garçon plein d’entrain, adepte de la nuance et du compromis. Enfin ça, c’est les jours pairs.

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