L’effet Pap Ndiaye

Côté pile, Emmanuel Macron trappe d’un coup le camp Blanquer. Côté face : l’effet waouh du gouvernement a les attributs connus des coups électoralistes bon marché.

Patrick Piro  • 24 mai 2022
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L’effet Pap Ndiaye
© Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

En marketing, on appelle ça l’effet « waouh ». Ce petit truc sexy en plus, ce service inattendu, ce gadget conçu pour emporter votre adhésion devant ce nouveau modèle de : téléphone mobile, voiture, robot cuisinier…, gouvernement. La nomination de Pap Ndiaye au ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, c’est l’effet waouh de l’équipe Borne, un argument de vente à destination du segment électoral de gauche. Un intellectuel audacieux, professeur de réputation mondiale, analyste implacable des discriminations, historien spécialiste des questions raciales aux États-Unis, issu de la « diversité » : CV à effets garantis, et d’abord au sein de l’Éducation nationale. Pap Ndiaye est une sorte d’antithèse de Jean-Michel Blanquer, son prédécesseur. Adepte du dialogue plutôt que de l’autoritarisme, de l’ouverture d’esprit que du repli identitaire, questionneur des maux de la société française plutôt que pourfendeur étroit de « l’islamo-gauchisme » et du « wokisme », ces anathèmes lancés pour fin de non-recevoir au débat sur les minorités et les exclu·es, l’équivalent du « socialo-communisme » de la droite dans les années 1970.

L’astuce publicitaire est brillante : Pap Ndiaye concentre sur sa tête trois fois plus de commentaires que les autres « surprises » de ce gouvernement. L’extrême droite en particulier est d’une grande efficacité dans la promotion du ministre, poussant des cris d’orfraie devant ce chantre du « racialisme », du « wokisme », de « l’indigénisme », cet essaim de criquets qu’elle voit déferler sur nos chères têtes blondes. Éric Ciotti achève de « ravir » la gauche, dénonçant « un adepte de l’islamo-gauchisme et un militant anti-flics. Terrifiant ! »

On pourrait s’en réjouir. Mais c’est un sentiment ambivalent qui nous habite. Côté pile, Emmanuel Macron trappe d’un coup le camp Blanquer – resté tout de même cinq ans en poste, un record à l’Éducation nationale ! –, avec ses seconds couteaux en idéologie Marlène Schiappa et Sarah El Haïry, sorties elles aussi. Côté face… la même chose : quel crédit intellectuel donner à un tel revirement ? L’effet waouh a les attributs connus des coups électoralistes bon marché, en prévision des législatives : une couche de gomina sociétale prélevée gratos sur l’image de Pap Ndiaye, l’illusion d’un revirement audacieux, mais quoi ? L’historien, un novice en politique, s’est fait imposer son directeur de cabinet par l’Élysée. Combien de temps tiendra-t-il dans la machine macronienne quand ses convictions s’abraseront aux reculs – embauche d’enseignants, augmentation de leurs salaires, etc. ? Qu’a-t-il négocié pour risquer une telle exposition ? On se souvient que d’autres avant lui ont eu l’orgueil de croire en la simple parole donnée par le Président. Pap Ndiaye, le Nicolas Hulot du quinquennat Macron 2 ?

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Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nos journalistes aussi. Le parti pris est ce billet où la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

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