Climat : la finance durable ne paye guère

Alors que banques et assureurs français prétendent mettre en place des politiques plus ou moins ambitieuses, les engagements peinent à se traduire en actions concrètes.

Septembre 2015. Devant un parterre d’investisseurs, Mark Carney, alors gouverneur de la Banque d’Angleterre, prononce un discours fondateur dans le monde de la finance. Pour la première fois, un banquier central alerte sur les risques posés par le changement climatique. Des risques physiques d’abord, déjà connus des investisseurs : les catastrophes naturelles détruisent des actifs et ralentissent l’activité économique. Des risques liés à la transition vers une économie bas carbone ensuite, les futures réglementations pouvant faire chuter la valeur des actifs liés aux énergies fossiles. Des risques juridiques enfin, si la responsabilité des investisseurs venait à être mise en cause par des victimes du réchauffement climatique.

Mark Carney entend « briser la tragédie des horizons ». Autrement dit, concilier les intérêts de court terme de la finance et les conséquences du réchauffement climatique qui prennent du temps à se concrétiser. « Nous n’avons pas besoin d’une armée d’actuaires pour nous dire que les conséquences catastrophiques du changement climatique se manifesteront bien après les horizons traditionnels de la plupart des acteurs, imposant un coût aux générations futures que les générations actuelles n’ont pas d’intérêt direct à régler. […] Une fois que le changement climatique devient un sujet pour la stabilité financière, il peut être déjà trop tard. » Avec cette prise de position, les acteurs financiers prennent conscience des conséquences du dérèglement climatique sur la finance. Mais l’autre versant, à savoir comment la finance contribue elle-même au réchauffement climatique, demeure alors un enjeu périphérique.

Depuis, nombreux sont les sociétés de gestion d’actifs, banques et assureurs qui ont pris des engagements en faveur du climat et de l’environnement. La France se présente comme un leader en matière de finance durable, avec plus de 160 milliards d’euros d’obligations et de prêts répondant à des critères environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance (ESG) en 2021, selon l’Association for Financial Markets in Europe. Tous les acteurs financiers français se sont fixé comme objectif d’aligner leurs portefeuilles avec des trajectoires visant la neutralité carbone d’ici à 2050, dans le but de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, conformément à l’accord de Paris. Investir dans des actifs verts, diminuer les financements alloués à des industries à forte intensité carbone (charbon, pétrole, gaz de schiste, pétrole issu de sables bitumineux, projets d’extraction en Arctique), mettre fin aux transactions financières destinées à de nouveaux projets d’exploration et de production d’hydrocarbures… Les promesses sont là, avec des ambitions plus ou moins fortes en fonction des acteurs. Sept ans plus tard, le bilan est famélique.

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