Trop jeunes pour voter, mais pas pour militer

La dynamique autour de la Nupes a su conquérir une génération qui a soif de politique. À 15, 16 ou 17 ans, ils et elles font leurs classes, convaincu·es d’avoir un rôle à jouer.

En 2002, toute la famille d’Eliot a glissé un bulletin Laguiller dans l’urne. Si sa mère se revendique anarchiste, lui se dit « marxiste de la IVe Internationale » et incite son entourage à lire le Programme de transition de Trotski, ce « petit bouquin qui se lit très vite et qui résume ce que l’on peut changer dans la société d’aujourd’hui pour créer celle de demain ». Depuis août dernier, Eliot milite pour l’Union populaire à Mulhouse, où il réside. Sauf qu’il n’est jamais allé voter. Non par conviction, mais parce qu’à 17 ans il n’en a pas encore le droit.

Pour que sa voix soit entendue, Eliot milite avec les moyens du bord. Et particulièrement dans son lycée : « En discutant avec des jeunes militants de La France insoumise, je me suis rendu compte que je pouvais aller plus loin dans mon engagement. J’ai décidé de créer le syndicat de mon lycée. » Et si cette branche de la Voix lycéenne (1) est encore en construction, elle peut déjà se vanter d’avoir mené à bien plusieurs actions : « On a marché pour le climat et contre l’extrême droite, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes et, bien sûr, pour le 1er Mai. »

Le panel de luttes dont s’emparent le jeune syndicaliste et ses camarades n’étonne pas Sarah Pickard, enseignante-chercheuse à la Sorbonne nouvelle. Spécialiste de l’engagement politique des jeunes, elle estime que « les sujets sont plus larges et idéologiques que ceux qui mobilisaient la jeunesse il y a trente ans. À l’époque, c’était principalement l’éducation qui était au cœur de leurs préoccupations ».

Mener ces actions ne calme pourtant pas la frustration d’Eliot, qui aspire à glisser son bulletin dans l’urne. À ses yeux, autoriser le vote à 16 ans ne devrait même pas être un sujet de débat : « 18 ans, c’est arbitraire. Je ne vois pas la différence avec quelqu’un qui a deux ans de moins. Si on donnait le droit de vote à des jeunes de 16 ans, on créerait chez eux un intérêt pour la politique. Et ça pourrait même les pousser à s’engager dans des partis ou des syndicats. »

Graine de politique

Selon Sarah Pickard, une telle mesure présenterait plusieurs avantages : « Cela permettrait une plus grande représentativité. La voix des plus jeunes serait entendue. » Et puisqu’à cet âge on est souvent scolarisé, « l’école pourrait jouer un rôle et encourager l’engagement politique ». En somme, un accompagnement aux allures de formation avec un objectif : habituer les jeunes à aller voter afin qu’ils deviennent des électeurs réguliers. À l’heure actuelle, la chercheuse estime que « les mineurs disposent de peu d’options pour se faire entendre » : changer leur mode de vie, s’investir dans des partis et militer auprès de leur famille et de leurs amis pour les influencer_._

Une observation qui correspond parfaitement à la situation de Soen, qui vit près de Caen : « Certes, je ne peux pas voter. Mais, si je distribue un tract et que je discute avec vingt personnes, j’aurai réussi à en convaincre certains. J’aurai participé, aussi. » 

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