Bretagne : Quand Airbnb tue le logement

Dans le Finistère, la prégnance du tourisme a raréfié l’habitat disponible à l’année et fait grimper les prix.

Les murs de Douarnenez ont l’habitude d’être moins sages. En dehors de la saison touristique, les tags militants côtoient les volets fermés. En cette mi-juillet, les fenêtres s’ouvrent, les touristes prennent leurs quartiers, les habitants s’effacent, leurs messages avec. Là, dans une rue discrète, survit à la peinture noire délavée un « Ni dieu, ni maître, ni Airbnb ». Il y a un an, des habitants avaient inscrit un message, bien visible, lui, au bout de la jetée du port du Rosmeur : « Devenez riches ou partez ». Un slogan qui recoupe une réalité, tant les Douarnenistes, comme la plupart des Bretons, du littoral galèrent à se loger décemment.

En cinquante ans, la ville a perdu plus du quart de sa population, quand le nombre de résidences secondaires a doublé pour atteindre 15,9 %, un taux élevé pour une agglomération urbaine. Les résidences secondaires, les logements laissés vacants, Airbnb et la flambée des prix à l’achat comme à la location rendent la recherche d’un logement stable et décent difficile.

« C’est la loi du marché », pourraient arguer certains pour évacuer le débat. Lukaz Nedeleg, lui, parle plutôt d’« humiliation » et de « dépossession ». Ce brittophone a ses racines à Plonévez-Porzay, à dix minutes de voiture de Douarnenez. De retour dans le coin en 2019 après être parti de son Finistère natal, le trentenaire décide de jeter l’ancre à Douarn’ pour devenir conteur. Un projet de retour aux sources nourri depuis pas mal de temps. Mais, dès ses premières recherches, il prend conscience de la tension locative. « J’ai falsifié mon revenu fiscal de référence pour pouvoir simplement accéder aux visites et nous nous faisions passer pour un couple avec mon colocataire. » Faux CDI, fiches de paie bidonnées… Toutes les ruses habituellement réservées aux grandes métropoles ont cours ici.

« Loi du marché » pour les uns, « dépossession » pour les autres

La seule personne qui accepte le dossier des deux hommes est une dame âgée qui loue le troisième étage, insalubre, de sa maison. Avec la proprio, pas de contrat, tout passe par l’oral. Elle avait juste oublié de mentionner sa volonté de les voir dégager à partir de juillet. « Elle nous a donné trois semaines pour foutre le camp », rapporte Lukaz. L’appartement sera loué en Airbnb.

Grâce à ce système, les propriétaires peuvent multiplier leur rente immobilière : chaque semaine se loue au prix d’un mois en basse saison. Il suffit de jeter un œil sur Le Bon Coin pour saisir l’ampleur du problème : sur treize annonces de particuliers consultées (1), près de la moitié proposent des locations de septembre à juin seulement.

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