Durance, la fin d’un modèle de résilience

Géré par EDF depuis les années 1960, le système hydraulique de la Durance sécurise les besoins en eau de 3,5 millions d’habitants, de l’agriculture et de l’industrie. Mais, avec le changement climatique, le réseau est soumis à rude épreuve.

Il y a bien eu quelques orages sur les reliefs fin juin. Insuffisants pour amortir la crise de l’eau en cours depuis le début de l’année sur le bassin de la Durance, des Alpes du Sud à la Provence. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, comme d’autres en France, connaît de remarquables déficits de précipitations. « Décembre est le dernier mois à avoir été correctement arrosé. Et même la pluviométrie de l’automne dernier a été en déficit. Il faut remonter au printemps 2021 pour trouver une saison plus arrosée que la moyenne », détaille Gaétan Heymes, prévisionniste et nivologue à Météo France.

S’ajoute un redoutable effet ciseau. Les fortes chaleurs des mois de mai et de juin ont encouragé l’évapotranspiration de la végétation et des sols. Tout en annihilant les stocks de neige en altitude, dont la fonte progressive permet habituellement de soutenir le niveau hydrique dans les rivières au cours de l’été. « Les volumes de neige de l’hiver dernier ont été parmi les plus faibles des soixante dernières années. En mai, le très peu de neige qui restait est parti très vite dans les rivières », explique Gaétan Heymes, qui est basé à Briançon en haute Durance.

De la sous-préfecture des Hautes-Alpes à Avignon (Vaucluse), la Durance est une des rivières les plus artificialisées de France pour servir les besoins en eau potable de 3,5 millions d’habitants, principalement des Bouches-du-Rhône et du Var. Des départements pourtant en majeure partie en dehors du bassin naturel du cours d’eau. Les eaux détournées dans des canaux assurent aussi la prospérité agricole et industrielle de la Provence (voir schéma). Jusque-là, le système était scruté ailleurs en Méditerranée comme un modèle de résilience aux sécheresses. Mais les effets du réchauffement climatique deviennent concrets et les conflits entre usagers émergent.

Depuis les années 1960, la Durance et son affluent, le Verdon, ont été lourdement aménagés de barrages et de centrales hydroélectriques. Ce qui permet d’abreuver les territoires en aval, tout en produisant 50 % de l’électricité régionale et 10 % de l’hydroélectricité nationale. Sauf que, cette année, EDF a été contrainte de réduire de 60 % sa production pour permettre de garder de l’eau pour les autres usages. L’électricien s’est restreint dès le mois de février. Alors même que le contexte d’envol des prix de l’énergie lié à la guerre en Ukraine lui aurait permis de faire mieux face à cette autre crise.

Adapter le tourisme

Sur les lacs artificiels, des activités de tourisme nautique se sont développées, en particulier sur celui de Serre-Ponçon, dans les Hautes-Alpes. La plus grande retenue artificielle d’Europe, mise en eau en 1959, est la pièce maîtresse du système Durance, avec sa capacité de stockage de 1,2 milliard de mètres cubes, dont une réserve agricole théorique de 200 millions de mètres cubes pour faire face aux étés secs. Tout début juillet, la cote du lac est à moins 8 mètres de son optimal touristique. En deçà des niveaux exceptionnels atteints parfois au mois d’août, ce qui s’est produit moins d’une fois par décennie jusqu’à la fin des années 2010.

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