Uber files : Le nouveau scandale de la Macronie

Une fuite de documents envoyés au quotidien britannique The Guardian a mis Le Monde sur la piste d'un « deal secret » entre l'ex-ministre de l'Économie et la société américaine de VTC.

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À quel moment le fait de favoriser une entreprise devient-il de la corruption ? La question se pose une nouvelle fois avec les Uber Files, enquêtes d’envergure du Monde et de Radio France sur les pratiques agressives et le lobbying de l’entreprise de VTC, activement soutenu par Emmanuel Macron lorsqu’il occupait le ministère de l’Économie, qui ont permis l’implantation d’Uber en France sous la présidence Hollande. Une fuite de documents envoyés au quotidien britannique The Guardian et partagés avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), un collectif qui rassemble des dizaines de rédactions, est à l’origine des enquêtes. Principalement des emails et des SMS de dirigeants d’Uber, mais aussi des factures, des notes internes et des présentations d’entreprise, toutes datées du quinquennat Hollande, entre 2013 et 2017.

Le Monde a donc enquêté sur les liens entre le ministre de l’Économie de l’époque, Emmanuel Macron, et la société américaine. Conclusion du quotidien vespéral : un « deal secret » s’est noué entre Bercy et Uber, scellé via des réunions dans le bureau du ministre, des appels, des SMS extrêmement nombreux. Un des éléments centraux de ce « deal » étant la suggestion, de la part du cabinet du ministre à Uber, de présenter des amendements « clés en main » à des députés, qui favorisaient évidemment l’implantation d’Uber en France, avec à l’époque une certaine forme de monopole. La loi « Macron 2 » serait celle qui a le plus favorisé la multinationale, avec la suppression des 250 heures de formation obligatoires à l’époque pour devenir chauffeur, remplacées par une simple journée.

Les enquêtes des journalistes de l’ICIJ, publiées de manière concomitante, entre autres dans The Washington Post ou par la BBC, mettent au jour des pratiques de lobbying agressives, parfois à la limite de la légalité. France Info met en exergue un « kill switch » présent sur les ordinateurs de l’entreprise entre 2014 et 2015. Ce « bouton d’urgence » opérait un blocage des données en cas de perquisition, alors qu’Uber faisait l’objet de plusieurs enquêtes. Les données protégées regroupaient par exemple les listes de chauffeurs VTC de l’entreprise, qui auraient permis des suivis fiscaux, et prud’homaux.

Au moment de l’implantation d’Uber en France, un mouvement social s’amorce parmi les chauffeurs de taxi. Des messages envoyés par Travis Kalanick, patron de l’entreprise à l’époque, montre que celui-ci encourageait ses chauffeurs à se rendre aux manifestations des taxis, malgré les risques pour les conducteurs, que certains cadres craignaient. Réponse ? « La violence [contre les VTC, NDLR] garantit le succès. » Son but avoué était d’obtenir une forte couverture médiatique, négative pour les taxis, qui servirait de levier pour obtenir des concessions des autorités, et des dispositions légales plus favorables. Les révélations du Guardian prouvent la mise en place de tactiques similaires dans d’autres pays européens (Belgique, Pays-Bas, Italie, Espagne…). L’agitation sociale étant apparemment acceptable pour l’entreprise lorsqu’elle cherchait à devenir un acteur dominant. Désormais leader du marché, Uber n’apprécie plus autant ce type de manifestations, particulièrement quand elles viennent de livreurs de sa filiale Uber Eats qui dénoncent une exploitation, et réclament une reconnaissance de leur dépendance à l’entreprise.

Mais quel était l’intérêt d’Emmanuel Macron de favoriser Uber de la sorte ? Selon Le Monde, il aura été dans l’implantation d’Uber « plus qu’un soutien, quasiment un partenaire ». Pour l’Élysée, rien d’alarmant. En tant que ministre, le futur président était « naturellement amené à échanger avec de nombreuses entreprises engagées dans la mutation profonde des services advenue au cours des années évoquées, qu’il convenait de faciliter en dénouant certains verrous administratifs ou réglementaires ». Emmanuel Macron a même déclaré le 12 juin « assumer à fond » ces facilitations, et qu’il « le referait demain et après-demain ». Mais, en 2017, il a tout de même bénéficié d’un certain retour d’ascenseur : Mark MacGann, lobbyiste d’Uber qui avait passé beaucoup de temps dans son bureau à Bercy, participe activement à la campagne électorale du futur président, notamment en levant des fonds, comme l’a révélé Le Monde.


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