Les pompiers grecs à notre secours

Cet été, ce sont les pauvres de Grèce qui ont envoyé leurs pompiers arroser notre lande dévastée. Un ruissellement macronien à l’envers.

Jean-Marie Harribey  • 31 août 2022
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Les pompiers grecs à notre secours
© Des remerciements de la population à Landiras, en Gironde, le 20 août. (Photo : Geoffrey Bire / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP.)

En 2015, les gouvernements européens, essentiellement l’allemand et le français, imposaient, sous la férule de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI (la « troïka »), un diktat financier effroyable, un véritable coup d’État pour mettre fin à une expérience démocratique hors des normes néolibérales. Après des années de gestion calamiteuse par les conservateurs et les socialistes, les Grecs avaient élu un gouvernement dirigé par Alexis Tsipras (du parti Syriza), s’engageant à rompre avec les anciennes pratiques. Mal leur en prit.

Afin de sauver les banques françaises et allemandes, l’UE obtint la capitulation de Syriza et l’abandon de toutes les mesures progressistes pour mettre en place un énième plan de restructuration. Après « sept années de vaches maigres » s’ajoutant aux précédentes, le résultat est catastrophique.

De 2008 à 2021, le PIB a reculé de près de 40 %. Le salaire moyen a baissé de moitié et les retraites de près d’un tiers. Les privatisations ont un peu plus gangrené la société, placée sous contrôle du capital international, à l’instar du port du Pirée, désormais contrôlé par une multinationale chinoise. Et qu’apprend-on cette semaine ? Que la Grèce a fini de rembourser le FMI et que son économie est « enfin libérée » de la tutelle européenne(Les Échos du 22 août). Cet adverbe et ce verbe donnent à voir le cynisme des dominants. La Commission se félicite que « la Grèce ait rempli l’essentiel de ses engagements » grâce à une « résilience […] améliorée » lui permettant de sortir du « cadre de surveillance » auquel elle était soumise.

La France, qui n’en finit pas de rabougrir ses services publics, se trouva fort dépourvue quand le feu fut venu.

Autrement dit, c’est un peuple mis à genoux par une politique néolibérale extrême qui a mis, avec d’autres, ses pompiers et ses équipements de lutte contre le feu au service de la France cet été. La France, qui n’en finit pas de rabougrir ses services publics, de les soumettre à des règles de rentabilité, de maltraiter ses travailleurs premiers de corvée, se trouva fort dépourvue quand le feu fut venu, en suivant ici la sécheresse ou là les inondations.

En Gironde comme ailleurs, ce sont les responsables locaux des services d’incendie eux-mêmes qui ont révélé l’ampleur de la disette à laquelle ils étaient contraints. Sur les 251 900 pompiers français, 17 % seulement sont professionnels, 5 % sont militaires et 78 % sont volontaires. Le pompier volontaire de base étant payé 8 euros de l’heure, le professionnel moins de 2 000 euros net par mois en moyenne.

Le réchauffement du climat et la dégradation écologique dans son ensemble sont le fruit d’un mode de développement capitaliste insoutenable, tout comme la dégradation sociale est le résultat de politiques n’ayant comme boussole que celle qui enrichit les plus riches. Le fameux ruissellement macronien, qui devait abreuver les pauvres, s’est transformé en son inverse : ce sont les pauvres de Grèce qui ont envoyé leurs pompiers arroser notre lande dévastée.

Et quand on voyait au-dessus du bassin d’Arcachon les nuages de fumée noircir le ciel, on ne pouvait s’empêcher de les relier à la dévastation occasionnée par une fuite en avant antisociale et antiécologique*.

Jean-Marie Harribey Membre conseil scientifique d’Attac


  • Article modifié le 7 septembre, corrigeant le mot « antiéconomique » en « antiécologique ».

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