Iran : la révolte des femmes

La mort de Mahsa Amini a déclenché une forte réaction dans le pays, menée par des femmes dont le courage n’a d’égal que les risques qu’elles prennent à défier un régime qui les nie en tant que sujets.

Patrick Piro  • 27 septembre 2022
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Iran : la révolte des femmes
© Paris, le 25 septembre 2022. Manifestation après la mort, le 16 septembre, de Mahsa Amini. (Photo : Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP.)

Depuis quinze jours, c’est une colère à visage de femmes qui embrase l’Iran, et dont l’imagerie déborde désormais des frontières du pays où elle a pris naissance.

Il y a d’abord deux photos de Mahsa Amini, morte le 16 septembre à Téhéran à la suite de son arrestation par la police des mœurs pour « port incorrect » du voile – supposé cacher l’intégralité de la chevelure. Une infraction au code de décence imposé depuis quatre décennies par le régime islamique, et qui cible particulièrement les femmes jeunes, leur enjoignant de se soustraire à la concupiscence des mâles.

La première photo montre la jeune Kurde de 22 ans souriante, la seconde, la tête bandée dans un hôpital, après qu’un policier l’aurait frappée à la tête. Depuis, c’est l’embrasement dans de nombreuses villes iraniennes. Pour les manifestant·es, Mahsa a été assassinée pour une mèche qui dépassait.

Puis il y a cette brève vidéo, devenue tout aussi iconique par sa simplicité : une jeune femme, de dos, libère ses cheveux et les noue en queue-de-cheval avant de s’élancer pour rejoindre une manifestation à Karaj. Tuée de six balles par la police, quelques minutes plus tard, Hadis Najafi avait 21 ans. Il y a encore les portraits de Ghazale Chelavi, tuée à Amol, de Mahsa Mogoi à Ispahan, de Hananeh Kian à Nowshahr, et d’autres, toutes abattues après avoir crié : « Femme, vie, liberté ! »

Les femmes sont au premier rang des contestations depuis 1979, quand l’instauration de la République islamique faisait du voile un rempart nécessaire à son accomplissement.

On reste abasourdi devant l’indécence d’un régime qui menace de durcir encore la répression, et confondu devant le courage de ces femmes dont la tête découverte, signe de leur protestation, les expose aussi à la vindicte des autorités. En début de semaine, l’ONG Iran Human Rights décomptait 76 personnes tuées, y compris des hommes, qui ont rejoint la rue où résonnent désormais un peu partout des slogans anti-régime.

Mais il s’agit bien d’une révolte féministe, au sens le plus profond du terme, et qui vient de loin. Les femmes sont au premier rang des contestations depuis 1979, quand l’instauration de la République islamique faisait du voile un rempart nécessaire à son accomplissement. La portée politique des audaces sporadiques de femmes brandissant ce foulard en public comme un drapeau maudit a souvent été minorée par des opposants iraniens centrés sur des luttes plus « nobles ».

Ce morceau de tissu est aujourd’hui brûlé devant des caméras, geste désormais doublé d’un autre, plus brutal et plus explicite : des femmes se filment en train de se couper les cheveux, en Iran puis dans le monde entier, par solidarité. Non par rage autodestructrice, mais pour vomir un dogme patriarcal, machiste et obscurantiste, pilier d’un régime qui nie la femme en tant que sujet, assignée à ses seuls « ornements » (disent les sourates), cheveux, formes, regard, réservés aux hommes qui la « possèdent », mari, père, frère.

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Parti pris

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