Accidents du travail : en Île-de-France, au moins 38 morts en 2022

EXCLUSIF. Une note interne à l’inspection du travail dresse un bilan préoccupant des accidents de travail graves et mortels, qui repartent à la hausse depuis le début de l’année.

Pierre Jequier-Zalc  • 26 octobre 2022 abonné·es
Accidents du travail : en Île-de-France, au moins 38 morts en 2022
© Chantier de construction du village olympique et paralympique pour 2024. (Photo : Emmanuel DUNAND / AFP.)

Moussa Sylla. Peut-être avez-vous déjà entendu ce nom. Cet homme est mort en faisant son métier, le 9 juillet, à l’Assemblée nationale. Il était agent de nettoyage. Son nom a été médiatisé du fait de son lieu de travail et son décès a engendré une vive émotion au sein du Palais-Bourbon.

Dans l’Hémicycle, une minute de silence a été respectée par l’ensemble des députés en son hommage. Ils sont bien plus nombreux, en revanche, à être morts au travail dans l’anonymat. La veille de la mort de Moussa Sylla, par exemple, un ascensoriste faisait une chute mortelle du huitième étage d’une HLM. Une semaine plus tard, une femme de 25 ans est morte dans la recyclerie où elle travaillait, après avoir chuté dans une malaxeuse.

Ces accidents de travail ont tous eu lieu en Île-de-France en juillet 2022. Selon une note interne aux services de l’inspection du travail que Politis a pu se procurer, la direction régionale interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Drieets) dresse le bilan de ces accidents depuis le début de l’année 2022.

Constat sans appel

Ces chiffres sont donc exclusifs, le dernier état des lieux remontant à 2020. Et le constat est sans appel. Après deux années de baisses successives, notamment du fait de la crise du covid, les accidents de travail graves et mortels sont repartis à la hausse au début de l’année 2022 en Île-de-France.

Entre le 1er janvier et le 31 août, au moins 38 personnes sont mortes au travail, soit 4 de plus qu’en 2021 à la même période et 15 de plus qu’en 2020. Au moins 133 personnes ont perdu la vie dans un accident de travail en Île-de-France durant ces trois dernières années.

Au moins, car le nombre total de décès liés à un accident de travail dans la région francilienne est très certainement beaucoup plus élevé. En effet, les chiffres avancés dans cette note interne sont tirés des signalements faits auprès de l’inspection du travail lorsqu’un accident grave ou mortel survient.

En Île-de-France, 115 personnes ont perdu la vie sur leur lieu d’emploi en 2019 selon le livret de sinistralité.

« Ce signalement n’est pas systématique, et certains inspecteurs n’entrent pas forcément l’information dans le logiciel interne qui permet d’émettre ces chiffres », explique Johann*, un inspecteur du sud de l’Île-de-France. Ainsi, en 2019, 69 accidents de travail mortels ont été signalés en Île-de-France à la Cramif (l’assurance-maladie), à l’Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP) et à la Drieets.

Mais, quand on consulte le livret de sinistralité de l’assurance-maladie, qui se fonde non pas sur les signalements, mais sur le nombre d’indemnisations, on observe que le nombre d’accidents de travail mortels est bien plus important. En Île-de-France, 115 personnes ont perdu la vie sur leur lieu d’emploi en 2019, selon ce livret.

La construction, secteur « le plus accidentogène »

Ainsi, plus que d’avancer un chiffre précis, cette note interne donne une tendance. Et celle-ci est assez claire : après une « pause » durant la crise sanitaire, le nombre de décès à la suite d’un accident de travail repart à la hausse. Avant l’épidémie de covid, celle-ci était de 20 % sur les cinq dernières années, témoignant d’une sinistralité grave toujours plus importante.

La note de la Drieets souligne aussi que c’est le secteur de la construction qui est « le plus accidentogène » en Île-de-France comme ailleurs sur le territoire. Si la part des accidents qui se sont produits dans ce secteur depuis le début de l’année n’est pas encore connue, un simple coup d’œil sur les accidents graves ou mortels qui ont eu lieu en juillet et août 2022 permet de mesurer la prépondérance de ce secteur.

Mi-juillet, à Draveil (Essonne), un ouvrier sur un chantier de réparation d’une gouttière a chuté d’une échelle. Son pronostic vital était engagé. Début août, sur un chantier de construction à Claye-Souilly (Seine-et-Marne), un salarié se blesse en chutant de deux étages. Entre 2018 et 2020, 36,4 % des accidents de travail mortels ont eu lieu sur un chantier.


*Le prénom a été changé

Société
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