« Il faut rendre la rénovation des logements obligatoire »

En France, l’isolation des bâtiments a pris un retard considérable. Anne Bringault, chargée de campagne au Réseau action climat, fustige un manque de volonté des gouvernements.

Patrick Piro  • 14 décembre 2022 abonné·es
« Il faut rendre la rénovation des logements obligatoire »
© CC0 / Pxhere.com

Le nombre de foyers qui souffrent du froid dans leur logement ou qui peinent à payer leurs factures d’énergie a fortement augmenté ces dernières années. La précarité énergétique serait-elle un sujet politique secondaire en France ?

Anne Bringault : Certes, la hausse du prix de l’énergie accentue le problème, mais on est bien loin de le découvrir ! On en parlait déjà lors du Grenelle de l’environnement de 2007. Pourtant, on ne constate pratiquement aucun progrès sur le sujet.

Le gouvernement a quand même instauré des chèques énergie, un bouclier tarifaire…

Quelques centaines d’euros par-ci par-là, ce n’est pas suffisant. D’autant plus qu’une partie des ménages vulnérables méconnaissent les aides. Et surtout, ça ne règle pas le problème de fond : le défaut d’isolation thermique des logements. Une bonne isolation des bâtiments est le seul moyen de réduire les factures d’énergie à long terme et de permettre aux gens de se chauffer correctement. Car la précarité énergétique, avant d’être la conséquence de prix hauts de l’énergie, c’est d’abord une privation de chauffage.

Une bonne isolation des bâtiments est le seul moyen de réduire les factures d’énergie à long terme.

Les pouvoirs publics préconisent de limiter la température intérieure à 19 °C pour atténuer la crise de l’approvisionnement énergétique : des centaines de milliers de ménages aimeraient bien pouvoir au moins atteindre ce plafond. Malheureusement, ils ne verront aucune amélioration cet hiver. Début 2023, avec l’affaiblissement du bouclier énergie, le prix du gaz va augmenter de 15 %. Et le petit chèque énergie supplémentaire ne couvrira pas leurs besoins.

Le Grenelle, en 2007, ambitionnait pourtant la rénovation « globale » de 400 000 logements par an à partir de 2013. Et, depuis, le gouvernement affiche régulièrement des objectifs similaires. Or on était encore à moins de 200 000 en 2019, selon l’Observatoire national de la rénovation énergétique. Pourquoi un tel échec ?

Parce que l’on en reste à des préconisations incitatives, et jamais obligatoires. Certes, on déploie des subventions ou des crédits d’impôt, mais ils vont plutôt à des ménages à revenus élevés, qui savent à quelle porte frapper, alors qu’elles devraient en priorité viser les plus vulnérables.

Les aides sont souvent peu efficaces, car on saupoudre.

Et ces aides sont souvent peu efficaces. Car on saupoudre. Les aides sont souvent sollicitées pour un seul « geste », comme changer les fenêtres ou isoler les toitures. Le plus souvent, ces rénovations partielles concernent même un changement de chaudière pour passer à une pompe à chaleur.

Avec la crise de l’énergie, ça ne fait pas beaucoup de différence sur la facture. Sans parler des fraudes aux opérations « isolation des combles à 1 euro », financées par les deniers publics mais sans contrôle de qualité des travaux. Il n’y a pas de réelle incitation à pratiquer des rénovations complètes et performantes (lire encadré).

Source : Ministère de la transition écologique. Infographie : Politis.

Alors que le code de l’énergie inscrit l’objectif d’une rénovation atteignant la norme « basse consommation » (BBC) (1) pour tous les bâtiments d’ici à 2050. Plus on tarde à agir, et plus les efforts devront être importants pour y parvenir.

On rénove à peine 0,2 % du parc de logements anciens chaque année. Selon le Haut Conseil pour le climat, il aurait fallu passer à 1 % en 2022 – c’est donc caduc – et atteindre un rythme de 1,9 % par an en 2030. Mission

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Société
Publié dans le dossier
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Temps de lecture : 7 minutes

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