Erige Sehiri : « Un faux jardin d’Éden »

Installée en Tunisie depuis la révolution de 2011, Erige Sehiri a réalisé et produit des documentaires avant de se lancer dans un premier long-métrage de fiction, Sous les figues. Une réussite.

Christophe Kantcheff  • 6 décembre 2022 abonné·es
Erige Sehiri : « Un faux jardin d’Éden »
Le film représentera la Tunisie aux Oscars.
© Henia-Production-Maneki-Films

Présenté à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs (lire notre critique), Sous les figues, le premier long-métrage de fiction d’Erige Sehiri, a grandement séduit ses spectateurs. Huis clos en extérieur, il montre avec subtilité des femmes, jeunes et moins jeunes, en proie à la domination sociale et masculine – incarnée par un patron peu expérimenté –, mais indociles.

Les garçons employés eux aussi au champ de figuiers ne sont pas forcément mieux armés, tandis que les relations filles-garçons (incarnés par des actrices et des acteurs non professionnels tous formidables) constituent le cœur de ce film qui représentera la Tunisie à la prochaine cérémonie des Oscars. Rencontre avec la plus tunisienne des cinéastes françaises.

Née en France il y a une trentaine d’années, vous vous êtes installée en Tunisie au moment de la révolution de 2011. Dans quelles circonstances ?

J’étais journaliste. Dès les premiers soulèvements, je suis partie pour voir ce qui se passait et faire des reportages. Alors que ma carrière comme correspondante pour les chaînes françaises aurait pu prendre son envol, j’ai décidé que je voulais faire du cinéma. J’ai écrit un premier documentaire, dont j’ai envoyé le projet au cinéaste palestinien Raed Andoni – parce que son film Fix Me (lire notre article) m’avait enthousiasmée.

Grâce à lui et à la productrice Palmyre Badinier, le film s’est fait et a bénéficié d’une coproduction avec Arte. Il a pour titre Le Facebook de mon père. J’ai ensuite créé en Tunisie une société de production de documentaires. J’ai coproduit mon documentaire suivant, La Voie normale, et ma première fiction, Sous les figues.

Peut-on faire des films en Tunisie avec une

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Culture Cinéma
Temps de lecture : 9 minutes