« Ashkal, l’enquête de Tunis » : feu glaçant

Youssef Chebbi met en scène une étrange affaire d’immolations en série au cœur d’un quartier fantomatique.

Christophe Kantcheff  • 25 janvier 2023
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« Ashkal, l’enquête de Tunis » : feu glaçant
Le duo de policiers chargés de l’affaire est composé d’un flic expérimenté, Batal, et d’une jeune femme, Fatma, dont le père préside une commission chargée de juger les crimes commis par la police sous le régime de Ben Ali.
© Supernova Films

Ashkal, l’enquête de Tunis / Youssef Chebbi / 1h31

Il y a peu, sortait sur les écrans un film tunisien, Harka, de Lotfy Nathan, dont le personnage principal, ne parvenant pas à s’extraire de sa misère, s’immolait – l’action se déroulait dix ans après la révolution de jasmin, dont on sait qu’elle eut pour point de départ l’immolation du vendeur ambulant Mohamed Bouazizi.

Un autre film tunisien nous arrive, Ashkal, l’enquête de Tunis, qui montre que ce pays est loin d’en avoir fini avec cette forme de suicide traumatique. Ashkal se présente d’abord comme un polar, où deux policiers enquêtent sur une série de morts mystérieuses. Les victimes s’immolent mais, bizarrement, ne semblent pas avoir souffert.

Le film a pour décor un quartier qui était voué à devenir un fleuron de modernité sous l’ère Ben Ali, dont la construction a été stoppée avec l’irruption de la révolution de 2011. (Photo : Supernova Films.)

Le duo de policiers chargés de l’affaire est composé d’un flic expérimenté, Batal, et d’une jeune femme, Fatma, dont le père préside une commission chargée de juger les crimes commis par la police sous le régime de Ben Ali. Autant dire que Fatma est mal vue dans son milieu professionnel, en particulier par son supérieur. Batal, lui, qui a connu et traversé toutes les turpitudes de cette époque, a plutôt une attitude protectrice envers Fatma.

À la fois polar, thriller et fantastique

Youssef Chebbi, dont c’est ici le premier long métrage, se refuse à suivre les voies déjà tracées. Ni polar classique, ni thriller politique, ni film fantastique, Ashkal emprunte aux trois genres, ce qui lui confère un degré d’incertitude bienvenu. La façon même dont le cinéaste filme Tunis est inattendue, ne serait-ce que parce que le temps est gris, hivernal.

Il a choisi pour décor un quartier qui était voué à devenir un fleuron de modernité sous l’ère Ben Ali, dont la construction a été stoppée avec l’irruption de la révolution de 2011. D’où des bâtiments fantomatiques, déserts pour la plupart. Youssef Chebbi use, voire abuse du fait que ces lieux sont propices à des plans d’une belle rigueur graphique, tranchant, là encore, avec l’exubérance que l’on associe ordinairement aux paysages d’Afrique du Nord.

Ainsi, Ashkal, l’enquête de Tunis est une forte proposition de cinéma, avec ce seul regret que la volonté de ne pas se conformer aux visions habituelles dépasse tout autre regard véritablement constitué sur le pays.

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