Celles qui restent

Voici un ouvrage qui propose un autre regard sur la place des jeunes femmes des milieux populaires. C’est à la campagne qu’elles se mobilisent pour déjouer l’abandon de l’État et ainsi faire ruralité. 

Zoé Neboit  • 11 janvier 2023 abonné·es
Celles qui restent
En milieu rural, les coiffeuses jouent un rôle social important.
© Chantal BRIAND / AFP.

À la lecture de Des femmes qui tiennent la campagne, il est difficile de ne pas immédiatement penser au médiatique Ceux qui restent, de Benoît Coquard (La Découverte, 2019). Comme dans celui-ci, Sophie Orange et Fanny Renard, respectivement maîtresses de conférence à l’université de Nantes et à celle de Poitiers, parlent de ces jeunes qui refusent de quitter leur milieu rural pour aller en ville.

Sauf qu’ici les autrices délaissent les paysages post­industriels des campagnes en déclin du Nord-Est, pour explorer celles du Centre-Ouest de la France, marquées par un relatif dynamisme économique, associatif et démographique.

Autre différence majeure, l’ouvrage, se fondant sur les témoignages de 60 femmes de 20 à 30 ans, prend un angle peu exploré de la sociologie de la ruralité, où les autrices proposent de voir les stratégies mises en place par quatre « institutions » – l’école, le marché du travail, les communes et la famille – pour les inciter à y rester.

Ainsi, elles mettent à mal l’idée reçue selon laquelle ces jeunes femmes des classes populaires resteraient par manque d’ambition ou par défaut. En vérité, ces institutions ont tout intérêt à les garder car ce sont bien ces « bandes de femmes » qui tiennent les services essentiels et pallient le retrait de l’État social des campagnes depuis les années 1980.

« Destins suggérés »

Ainsi, si les métiers du lien aux autres, tels les auxiliaires de vie, lesagents territoriaux spécialisés des écoles maternelles(Atsem), les coiffeuses ou les aides à domicile, y sont surreprésentés, c’est parce que les institutions fabriquent des « destins suggérés », comme l’analysent les autrices.

Le parcours scolaire de ces jeunes femmes dessine des vocations spécifiques vers ces métiers essentiels mais aussi précaires et invisibles. Parmi les mécanismes observés, il y a l’offre locale de formation vers laquelle elles se tournent souvent, à défaut d’avoir les moyens d’étudier ­ailleurs. Au niveau des diplômes professionnels (BEP ou CAP), le service à la personne est le secteur le plus représenté en milieu rural.

Mais, avant même de s’orienter massivement vers ces filières, les jeunes femmes sont « déjà inscrites depuis longtemps dans un système de solidarités locales où elles prennent toute leur part », rappellent Sophie Orange et Fanny Renard.

Qu’il s’agisse de s’occuper des grands-parents, des petits frères ou des petites sœurs, de faire du baby-sitting dans le voisinage, elles ont des

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