« La France n’a pas accompagné la démocratisation de l’Afrique de l’Ouest »

Le chercheur béninois Francis Laloupo étudie depuis longtemps les enjeux géopolitiques de l’Afrique et les conflits qui y émergent, particulièrement en Afrique de l’Ouest. Cette région connaît aujourd’hui des soubresauts qui contrecarrent ses avancées vers la démocratie. L’ex-colonisateur français en porte une responsabilité non négligeable, estime le chercheur.

Patrick Piro  • 4 janvier 2023 abonné·es
« La France n’a pas accompagné la démocratisation de l’Afrique de l’Ouest »
© Maxime Sirvins

Francis Laloupo est chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste de la géopolitique de l’Afrique. Né au Bénin, il a été journaliste, dirigeant et éditorialiste de médias écrits et audiovisuels, puis enseignant à l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec), entre autres. Il préside l’Observatoire des réformes et géo–politiques d'Afrique et partenaires d’Europe (Orgape).

Guinée-Conakry, Mali et Burkina Faso ont connu récemment des coups d’État. Est-ce en raison d’une fragilité des institutions démocratiques ou bien de la poussée des forces jihadistes dans la région ?

Francis Laloupo : Pour le Mali et le Burkina Faso, il y a une conjonction de ces facteurs. Ce sont aujourd’hui des sanctuaires pour les jihadistes parce qu’ils sont devenus des maillons faibles des processus de démocratisation dans la région sahélienne. En Guinée-Conakry, c’est un pouvoir élu qui n’a pas tenu ses promesses. Alpha Condé a modifié la Constitution pour prolonger sa présidence au-delà de deux mandats, avant d’être démis.

La démocratisation y est apparue, aux yeux d’une jeune génération, comme synonyme de fraude électorale et de crises politiques à répétition. Les coups d’État sont intervenus comme une forme de dénouement résolutoire de crises politiques qui durent depuis une dizaine d’années dans ces pays, installant une désespérance progressive vis-à-vis du projet démocratique au sein d’une catégorie de la population.

Ces protestataires se recrutent majoritairement chez les jeunes…

Il faut y distinguer deux mouvements. Ma génération [Francis Laloupo est né en 1954, NDLR], qui a milité en faveur du renouveau

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