Polytechnique : les étudiants ont gagné, LVMH ne s’implantera pas

C’est une victoire de plus pour le collectif « Polytechnique n’est pas à vendre » et l’association « La Sphinx », qui avaient déjà empêché TotalEnergies de s’installer en plein cœur du campus, à Saclay, l’an dernier.

Hugo Boursier  • 24 janvier 2023
Partager :
Polytechnique : les étudiants ont gagné, LVMH ne s’implantera pas
© Christian Wiediger / Unsplash.

Bernard Arnault doit ravaler sa fierté : cette fois-ci, sur le campus de Polytechnique, à Saclay, l’homme aux 208 milliards de dollars a perdu. Alors que le conseil d’administration de l’école avait voté en faveur de l’implantation d’un centre de recherche et d’innovation sur le luxe piloté par LVMH, le 8 novembre dernier, la firme a finalement décidé de se retirer face à la fronde des étudiants.

Une belle victoire pour le collectif « Polytechnique n’est pas à vendre » et l’association « La Sphinx », constituée d’élèves et d’anciens élèves de l’école. Depuis plusieurs mois, les deux structures luttaient contre l’arrivée de LVMH sur leur site.

Position exclusive

« Le manque de cohérence entre le projet du groupe de luxe et la mission dintérêt général de l’établissement public faisait lobjet de critiques de la part des étudiants et du personnel. Surtout, ceux-ci dénonçaient la position exclusive accordée à LVMH sur le campus et demandaient que le bâtiment LVMH soit construit ailleurs, ce qui naurait pas empêché l’établissement de développer des partenariats avec lentreprise », rappellent le collectif et l’association dans un communiqué.

Dans une lettre datée du 13 janvier et adressée au directeur général de l’EPA-PS (l’établissement public qui s’occupe de l’aménagement du plateau de Paris-Saclay), Philippe Van de Maele, et au maire de Palaiseau, Grégoire de Lasteryrie, Bernard Arnault précise, amer : « C’est aujourd’hui vers un terrain situé en dehors du plateau de Palaiseau-Saclay et du périmètre de l’EPA-PS que va notre préférence ».

Décidément, le mois de janvier porte chance aux étudiants de Polytechnique. L’an dernier, le 28 janvier 2022, c’était TotalÉnergies qui renonçait à son centre de recherche et de développement dédié aux nouvelles énergies. Une décision qui intervenait après une plainte déposée quelques mois plus tôt par Greenpeace France, Anticor et La Sphinx contre Patrick Pouyanné, le PDG du groupe et aussi membre du conseil d’administration de Polytechnique, et contre X, pour « prise illégale d’intérêts ».

Après Saclay, la Boîte à Claques ?

« Un an après Total, le renoncement de LVMH entérine l’échec de la stratégie consistant à vendre à la découpe les terrains du campus à des grands groupes. Il est urgent de réfléchir collectivement à un autre avenir pour ces terrains », explique Thomas Vezin, secrétaire général de l’association La Sphinx, dans le communiqué cité plus haut.

Mais l’histoire entre Bernard Arnault et Polytechnique n’est pas encore terminée. D’une part, le renoncement du milliardaire à s’implanter à Saclay « ne [remet] pas en cause le partenariat de recherche discuté avec l’École polytechnique », rappelle-t-il dans sa lettre.

Sur le même sujet : Enquête : LVMH Paris sous emprise

D’autre part, LVMH est aussi impliqué dans le vaste projet de transformation de la « Boîte à claques », l’ancien bâtiment de Polytechnique, niché sur la montagne Saint-Geneviève, à Paris. Sauf si Anne Hidalgo respecte le voeu adopté par le Conseil de Paris, en octobre ? Déposé par l’élu écologiste Émile Meunier, il demandait la suspension des travaux et la mise en place d’un audit juridique. Pour l’instant, l’exécutif parisien ne s’est pas encore prononcé.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Société
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Quartiers populaires : une culture politique capable de mobiliser
Quartiers populaires 17 juillet 2026 abonné·es

Quartiers populaires : une culture politique capable de mobiliser

À rebours d’une démocratie réduite aux élections, une pratique quotidienne et autonome de l’engagement politique existe dans les quartiers populaires. Entre solidarités et résistances de l’ordinaire, culture de la street et parole critique, une ouverture qui tranche avec un ordre établi.
Par Ulysse Rabaté
Fraternité en résistance
Solidarité 17 juillet 2026 abonné·es

Fraternité en résistance

Dans la vallée de la Roya, à la frontière franco-italienne, des habitants ont choisi d’aider des personnes migrantes traquées par l’État français. La solidarité y est devenue un combat politique. De cette lutte est née Emmaüs Roya, une communauté agricole et sociale que raconte Cédric Herrou.
Par Cédric Herrou
Engagement populaire : la relève est déjà là
Quartiers 17 juillet 2026

Engagement populaire : la relève est déjà là

Sanaa Saitouli (Banlieues Climat) revient sur l’émergence de nouvelles personnalités politiques issues des quartiers populaires, héritières de décennies de luttes souvent ignorées. À l’approche de 2027, ces voix sont indispensables. Elles reflètent celles d’habitants concernés et conscients des enjeux sociaux, écologiques et démocratiques qui traversent aujourd’hui le pays.
Par Sanaa Saitouli
Football : l’homophobie occupe toujours le terrain
Enquête 16 juillet 2026 abonné·es

Football : l’homophobie occupe toujours le terrain

Tandis que la Coupe du monde 2026 s’achève, il demeure difficile pour un joueur de se déclarer gay. En France, si les instances professionnelles proposent aujourd’hui des ateliers de sensibilisation aux discriminations, les pouvoirs publics peinent à prendre les mesures nécessaires.
Par Bérénice Paul