Le cinéaste iranien Jafar Panahi libéré sous caution après une grève de la faim

Incarcéré arbitrairement à la prison d’Evin, à Téhéran, le réalisateur constate qu’il n’a plus que ce moyen pour faire respecter ses droits.

Christophe Kantcheff  • 4 février 2023
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Le cinéaste iranien Jafar Panahi libéré sous caution après une grève de la faim
Jafar Panahi, dans son dernier film, « Aucun ours »
© ARP Sélection

Mise à jour le 4 février

Deux jours après avoir entamé une grève de la faim pour protester contre son emprisonnement à Evin par le régime iranien il y a sept mois, le réalisateur Jafar Panahi a été libéré sous caution vendredi 3 février, selon ses proches.


Première publication le 2 février

Tahereh Saeidi, l’épouse du cinéaste Jafar Panahi, qui est incarcéré depuis le mois de juillet dernier à la prison d’Evin, à Téhéran, a annoncé hier que le célèbre réalisateur avait entamé une grève de la faim.

Voici la déclaration de Jafar Panahi, publiée sur Instagram :

« Le 20 juillet, pour protester contre l’arrestation de deux de nos chers collègues, M. Mohammad Rasulof et Mostafa Al-Ahmad, un groupe de cinéastes s’est réuni devant la prison d’Evin, et il a été décidé qu’un certain nombre d’entre nous et les avocats des détenus entreraient pacifiquement dans le palais de justice d’Evin. Nous discutions avec les autorités compétentes et l’enquêteur concerné lorsqu’un agent m’a interpelé et conduit devant le juge de la branche 1 de l’application des peines d’Evin. Le jeune juge a déclaré de but en blanc : « Nous vous cherchions dans les cieux, nous vous avons trouvé ici. Vous êtes en état d’arrestation ! »

Cette arrestation s’apparentait plus à un kidnapping ou à une prise d’otages qu’à l’exécution d’une sentence judiciaire.

C’est ainsi que j’ai été arrêté et transféré à la prison d’Evin pour l’exécution d’une peine qui avait été prononcée onze ans plus tôt. La loi selon laquelle j’ai été arrêté en 2010 stipule qu’au-delà de dix ans de non-exécution d’une peine de prison celle-ci devient inapplicable. Par conséquent, cette arrestation s’apparentait plus à un kidnapping ou à une prise d’otages qu’à l’exécution d’une sentence judiciaire.

Bien que mon arrestation ait été illégale, les autorités judiciaires ont détourné la loi en reprenant la procédure devant la Cour suprême, qui est la plus haute autorité en matière d’affaires judiciaires, pour me soumettre à un nouveau procès le 15 octobre 2022 devant la même juridiction qui m’avait déjà jugé.

Même ainsi, dans le cadre de cette procédure abusive d’un nouveau procès, j’aurais dû être libéré immédiatement sous caution. Mais alors que nous avons vu qu’il faut moins de trente jours entre le moment de l’arrestation et la pendaison d’un jeune innocent dans ce pays, plus de cent jours ont été nécessaires pour transférer mon cas au département qui aurait dû statuer sur mon cas, du fait de l’intervention des forces de sécurité.

Comme beaucoup de personnes piégées en Iran, je n’ai pas d’autre choix que de protester contre ces comportements inhumains avec ce que j’ai de plus cher, c’est-à-dire ma vie.

La loi indique clairement qu’en semblable circonstance, le juge était obligé de me libérer en émettant une ordonnance de libération sous caution dès que l’affaire lui était présentée. Néanmoins, j’ai été maintenu en prison sous des prétextes divers. Le comportement de l’institution sécuritaire, tyrannique et extra-légale, et la capitulation sans appel des autorités judiciaires montrent une fois de plus que les lois appliquées sont arbitraires et injustes. Ce ne sont que des masques pour la répression. Ce n’est qu’un prétexte à la répression.

Même si je savais que le système judiciaire et les institutions de sécurité n’ont aucune volonté d’appliquer la loi (à laquelle ils ne cessent de se référer), mais par respect pour mes avocats et mes amis, je suis passé par tous les moyens légaux pour obtenir la reconnaissance de mes droits. Aujourd’hui, comme beaucoup de personnes piégées en Iran, je n’ai pas d’autre choix que de protester contre ces comportements inhumains avec ce que j’ai de plus cher, c’est-à-dire ma vie.

Par conséquent, je déclare fermement qu’en protestation contre le comportement illégal et inhumain de l’appareil judiciaire et sécuritaire et cette prise d’otage particulière, j’ai entamé une grève de la faim depuis le matin du 1er février 2023, et je refuserai de manger et de boire toute nourriture et tout médicament jusqu’au moment de ma libération. Je continuerai même si c’est mon corps sans vie qui sortira de la prison.

Avec amour pour l’Iran et le peuple de mon pays,

Jafar Panahi »


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Cinéma
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