Transidentité : des médias approximatifs, voire hostiles

L’association des journalistes LGBTI, l’AJL, publié une étude sur le traitement médiatique des transidentités. Elle montre que la moitié des articles en ont un traitement approximatif, erroné voire irrespectueux. Un article sur quatre se révèlerait même antitrans.

Lily Chavance  • 24 février 2023
Partager :
Transidentité : des médias approximatifs, voire hostiles
© AJL

Face à l’augmentation des paroles transphobes dans les médias, l’association des journalistes LGBTI, l’AJL, a mené l’enquête. De fin août à fin novembre 2022, l’association a analysé quelque 21 sites de la presse nationale, soit l’équivalent de 434 articles en ligne. Si l’AJL note des progrès notables, l’association fait aussi émerger de grandes fragilités éditoriales. 

Premier constat : les deadnames [le prénom assigné à la naissance mais abandonné par la personne suite à sa transition] sont moins employés et les personnes trans sont davantage interviewées sur des sujets qui dépassent la seule question de la transidentité. Une première avancée qui dissimule pourtant une autre réalité.

De nombreux médias privilégient ainsi l’évocation des transidentités quand elles sont à l’étranger.

D’abord, les sujets de transidentités sont principalement traités quand ils n’impliquent pas directement les Français. L’étude le confirme : « De nombreux médias privilégient ainsi l’évocation des transidentités quand elles sont à l’étranger ». Les formats privilégiés sont les tribunes ou des adaptations de dépêches AFP, au détriment de reportages et d’enquêtes approfondies.

L’étude est d’ailleurs catégorique : « S’il est toujours bon que les médias français s’emparent des discriminations à l’étranger, on remarque qu’il est souvent plus facile de les observer et d’analyser les lois transphobes, et LGBTQIphobes au sens large, quand elles s’exercent dans un pays étranger que dans son propre pays. ».

Transidentité étude médias
(Source : AJL.)

Ensuite, c’est précisément en France que le bât blesse. Lorsque le sujet de la transidentité est évoqué, le lecteur doit composer avec des fautes de langage, voire des erreurs d’appréciation. Le terme « transexuel » est même préféré à celui de « transgenre », alors que « rejeté par beaucoup de personnes trans pour sa connotation médicale et pathologisante », comme l’explique le kit à l ‘usage des rédactions mis en place par l’association.

L’AJL souligne l’influence de l’AFP et salue un bon traitement des questions de transidentité. Pour autant, lorsque les brèves ne sont pas reprises, « seulement 49 % des articles sont de bonne qualité, et 31,5 % ont publié de grosses erreurs ».

Instrumentalisation et invisibilisation

Pire : l’AJL affirme que certains médias traitent des questions de transidentité pour les instrumentaliser au service d’un projet conservateur. Il s’agit pour l’association de « nier l’humanité et les droits [des personnes trans] au service d’une stratégie éditoriale réactionnaire. »

Un choix éditorial qui s’ajoute à l’invisibilisation des personnes concernées. L’étude montre en effet que sur 98 articles qui ont pour sujet principal les transidentités, seulement 36 donnent la parole à des personnes trans. Et alors que sur l’ensemble des articles, 20,9 % interviewent au moins une personne trans, 34,7% font référence à au moins une personne employant une rhétorique antitrans.

De plus en plus présente dans le débat public, la question de la transidentité s’impose tantôt comme un sujet de controverse, voire d’hostilité, tantôt comme une conquête émancipatrice.

Reste que les approximations subsistent de chaque côté, jusqu’à alimenter la transphobie : « En 2021, la transphobie a été le seul type de LGBTIphobie pour lequel SOS homophobie a relevé plus de témoignages comparé à 2020 », rappelle l’AJL dans son rapport, qui invite la profession à plus de sérieux journalistique.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Médias Société
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel
Analyse 27 mars 2026 abonné·es

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel

L’histoire de la première vedette française de télé-réalité rappelle ce que la notoriété fait aux femmes : elle les tue, réellement ou symboliquement, comme pour expier la misogynie d’une société entière.
Par Nesrine Slaoui
« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »
Entretien 27 mars 2026 abonné·es

« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »

Le décès de Loana Petrucciani ravive un malaise collectif longtemps tu. L’essayiste Rose Lamy décrypte comment le mépris de classe a façonné la trajectoire d’une femme déplacée dans un monde qui ne voulait pas vraiment d’elle.
Par Juliette Heinzlef
« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »
Entretien 26 mars 2026 abonné·es

« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »

Marie-Laure Basilien Gainche, professeure de droit public analyse en quoi le règlement « Retour » voté aujourd’hui par le Parlement européen bafoue des droits fondamentaux. Pour elle, ces derniers sont perçus « comme des contraintes » par l’Union européenne dans la mise en œuvre de ses politiques d’éloignement.
Par Pauline Migevant
« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »
La Midinale 20 mars 2026

« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »

Samedi 21 mars, à 14 h 30, une marche pour Nahel et contre les violences policières se lancera depuis les abords du lycée Joliot-Curie à Nanterre. Après la requalification du meurtre en violences (mais avec le pourvoi en cassation du parquet), Mornia Labssi, militante antiraciste et co-organisatrice de la marche, est l’invitée de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien