Quand Olivier Marleix (LR) prévenait : « On ne sera pas complice d’une méthode trop brutale »

Sous la pression d’un gouvernement qui dégaine tous les articles en sa possession pour accélérer le débat parlementaire et obtenir un vote sur la réforme des retraites avant dimanche, la droite, bien que visiblement en phase avec le contenu du texte, suivra-t-elle la méthode imposée par le gouvernement ?

Lily Chavance  • 10 mars 2023
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Quand Olivier Marleix (LR) prévenait :  « On ne sera pas complice d’une méthode trop brutale »
Olivier Marleix à l'Assemblée nationale, le 7 mars 2023.
© Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP.

Bien avant le début de l’examen du texte sur la réforme des retraites, le 13 septembre 2022, le président du groupe Les Républicains (LR) à l’Assemblée, Olivier Marleix, avait donné le ton sur France Info : « On ne peut pas faire une réforme des retraites dans notre pays sans qu’il y ait un minimum de dialogue social […] On ne sera pas complice d’une méthode trop brutale », avait-il déclaré. Il poursuivait en décembre 2022, lors d’une rencontre avec Olivier Dussopt, ministre du Travail : « Si vous voulez foutre le feu au pays, ça sera sans nous », avait-il prévenu.

Dès le début de l’ouverture des débats parlementaires, en janvier, le gouvernement avait pourtant donné le ton et fixé un cap. Le recours à l’article 47.1 de la Constitution limitait ainsi à 50 jours le temps des débats parlementaires. Une méthode efficace qui visait à contourner l’opposition de gauche et les discussions sur les milliers d’amendements déposés sur le texte. La gauche s’en était largement émue en dénonçant une atteinte à la démocratie.

Après les débats houleux à l’Assemblée nationale – qui, in fine, n’a pas voté le texte proposé par le gouvernement – on annonçait un travail parlementaire serein et constructif du côté du Sénat. Raté ! En imposant l’article 38 du règlement du Sénat, le chef de la droite sénatoriale, Bruno Retailleau s’est attiré les foudres de l’opposition.

Une colère décuplée lorsque le soir de l’examen de l’article 7 de la réforme des retraites – qui repousse l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans – la droite a déposé un amendement de réécriture de l’article controversé pour faire tomber les amendements de la gauche. Une tactique du tandem Retailleau-Larcher qui visait un objectif : parvenir à un vote de l’ensemble des 26 articles avant la fin du temps réglementaire, prévu ce dimanche.

« Aliénation du Parlement »

Même Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat, peu connu pour sortir de ses gonds, n’a pas caché sa colère : « Honte à vous ! », a-t-il lancé à la droite sénatoriale, ajoutant : « Vous bâillonnez votre opposition. L’article 38 n’a jamais été utilisé, sauf erreur de ma part, dans l’hémicycle. Vous le brandissez car vous êtes incapables de défendre vos arguments ». Et de conclure : « Vous vous êtes couchés ». Comprendre : la droite sénatoriale s’aligne sur le gouvernement.

Mais d’accélération en accélération, la gauche s’indigne et la droite, avec le gouvernement, accélère plus encore. Le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a donc dégainé ce vendredi au Sénat l’article 44.3 qui empêche la poursuite des débats et impose aux parlementaires un vote bloqué, unique, sur l’ensemble du texte.

La méthode est brutale. À propos de cet article 44.3, comme le rappelle la sénatrice Mélanie Vogel dans un tweet, le constitutionnaliste Guy Carcassonne écrivait : « L’abus du vote bloqué nuit gravement à la santé ministérielle. Il devient la marque de la brutalité du gouvernement comme de l’aliénation du Parlement ».

« Brutalité » : n’était-ce pas précisément la mise en garde de la droite parlementaire ? La cohésion du groupe LR, déjà rudement mise à l’épreuve depuis le début de l’examen du texte, pourrait à nouveau renforcer les rangs des députés sceptiques, voire hostiles, au texte de loi, malgré les engagements d’Eric Ciotti, Bruno Retailleau et Olivier Marleix en faveur du texte.

Comme observé au Sénat dans la soirée du 8 au 9 mars lors du vote de l’article 7, quinze sénateurs LR se sont abstenus et deux ont voté contre. La droite va-t-elle camper sur ses positions initiales devant cette « brutalité » gouvernementale désormais à l’œuvre ?

La perspective d’un recours à un autre article de la Constitution est dans toutes les têtes. Il était le plus redouté par le gouvernement, vu le niveau de tension au Parlement et dans la rue. Et pourtant, c’est bien la perspective d’un 49.3 qui se dessine chaque jour toujours plus.

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