Mort suspecte au centre de rétention de Vincennes : la police accusée

Un retenu a été retrouvé mort, ce vendredi 26 mai, au centre de rétention administrative de Vincennes. Plusieurs témoins affirment qu’il avait été frappé, la veille, par des policiers, après s’être plaint de ne pas pouvoir être conduit à l’hôpital depuis plusieurs jours.

Hugo Boursier  et  Pierre Jequier-Zalc  • 26 mai 2023
Partager :
Mort suspecte au centre de rétention de Vincennes : la police accusée
Le centre de rétention administrative de Vincennes, en septembre 2019.
© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP.

Un retenu a été retrouvé mort, ce matin du 26 mai 2023, au bâtiment numéro 1 du centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes. L’information, confirmée auprès de Politis par l’Assfam, l’association en soutien aux personnes exilées sur place appartenant au Groupe SOS, a été rendue publique par le collectif À bas les CRA, sur Twitter :

Contactés par Politis, plusieurs retenus ont précisé que la personne, d’une cinquantaine d’années et originaire d’Égypte, était malade depuis au moins une semaine. Il était entré au CRA début mai. « Il voulait être soigné à l’hôpital mais les policiers refusaient », indique l’un d’entre eux, joint par téléphone. Certains de ces retenus affirment qu’il a été frappé par trois policiers, jeudi 25 mai.

« Il a été tabassé par les flics hier, puis il est rentré dans sa chambre. Et ce matin vers 9 heures y a des gars qui l’ont retrouvé inconscient », rapporte le collectif À bas les CRA, citant un retenu présent au centre.

Déjà deux morts en 2019

Une altercation à la suite de laquelle des blessures auraient été constatées au niveau du visage du retenu. « Les policiers lui ont pété une dent, il saignait de partout », décrit, en pleurs, une personne présente. « Liberté, égalité, fraternité, qu’ils disent », ajoute-t-il. Joint, le ministère de l’Intérieur n’est, à ce stade, pas en mesure de commenter l’information.

Plus grand CRA de France métropolitaine après celui de Mayotte, le centre de Vincennes avait déjà connu deux morts en 2019. Il est régulièrement critiqué pour ses conditions de rétention. D’après À bas les CRA, depuis deux jours, une grève de la faim a été lancée par « une majorité des retenus du bâtiment 2 », pour protester contre les violences policières, la réduction du temps de parloir et la mauvaise qualité de la nourriture. Un rassemblement est prévu, à 19 h 30, ce soir, devant le RER de Joinville-le-Pont.

Ce soir, la préfecture de Police de Paris annonce à Politis qu’une enquête a été ouverte pour « établir les causes et circonstances du décès ».

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« La répression ne va pas éteindre les free parties »
Entretien 9 avril 2026

« La répression ne va pas éteindre les free parties »

Dans sa pièce de théâtre documentaire Tribe, le metteur en scène et auteur Pierre Levent revient sur les répercussions du regard médiatique et politique sur les free parties.
Par Hugo Boursier
Free parties : l’assaut est lancé contre les sound systems
Analyse 9 avril 2026 abonné·es

Free parties : l’assaut est lancé contre les sound systems

Propositions de loi, projet gouvernemental, mission sénatoriale : les free parties, rassemblements techno festifs, sont redevenues une cible politique. Une offensive qui s’inscrit dans une longue histoire de méfiance et de répression à l’égard de la fête libre.
Par Maxime Sirvins
Dans les lycées du 93, « plus aucun de nos élèves n’arrive à se régulariser »
Rencontre 9 avril 2026 abonné·es

Dans les lycées du 93, « plus aucun de nos élèves n’arrive à se régulariser »

Depuis la circulaire Retailleau, en Seine-Saint-Denis, les lycéens étrangers ne peuvent plus se régulariser. Soutenus par les équipes pédagogiques, ils racontent le « combat » qu’est leur vie et la peur des OQTF. Fin décembre, un lycéen du 93 a été expulsé vers le Maroc.
Par Pauline Migevant
Handicap : la France à rebours du droit international
Enquête 8 avril 2026 abonné·es

Handicap : la France à rebours du droit international

Historiquement enferré dans une logique institutionnelle, l’État impose aux personnes handicapées un quotidien en établissement médico-social. Un schéma dénoncé par l’ONU, qui prône une nécessaire désinstitutionnalisation. En dépit de mobilisations, celle-ci est loin d’être envisagée.  
Par Elsa Gambin