Belgrade à l’heure des exilés russes

Plus de 200 000 Russes se sont expatriés en Serbie depuis le début de la guerre en Ukraine. La plupart vivent dans la capitale, où ils tentent de s’imaginer un avenir dans ce pays très pro-Poutine.

Simon Rico  • 14 juin 2023 abonné·es
Belgrade à l’heure des exilés russes
Dans Belgrade, il est devenu courant de voir des affiches pour des spectacles en russe, comme ce Stand up d’Evguenij Tchebatkov dans la rue piétonne centrale de Knez Mihailova.
© Simon Rico

Tous les mardis soir, ils sont une quinzaine dans le petit café de l’association Krokodil, au cœur du quartier branché de Savamala. Ces Russes viennent apprendre le serbe, grâce aux cours du soir que donne gratuitement une de leurs compatriotes. Une fois la leçon finie, c’est au tour des membres de la Société démocratique russe de s’y réunir, pour discuter de leurs actions à venir. Ce collectif antiguerre organise régulièrement des performances artistiques au cœur de la capitale serbe.

« Nous voulons alerter l’opinion publique locale sur ce qui se passe réellement dans la Russie de Vladimir Poutine », explique Anton, la trentaine, dans un français soigné. Ce journaliste a fui Moscou en septembre 2022, dès l’annonce de la mobilisation. Après une escale de deux mois à Erevan, en Arménie, il a finalement posé ses valises en Serbie « pour quelque temps ». Sa femme est restée en Russie avec leurs deux enfants. « Ce n’est pas un voyage touristique, cet exil forcé me coûte beaucoup », insiste Anton. Faute d’argent, il partage un appartement avec d’autres Russes. « Ici, les gens croient que nous sommes tous riches, alors ils nous font payer les logements au prix fort. »

À Belgrade, les loyers ont explosé dès la première vague d’arrivées, au printemps 2022. « On a beaucoup parlé de ces hausses au début, mais ça s’est calmé », assure Peter Nikitin, le fondateur de la Société démocratique russe, installé à Belgrade depuis sept ans. De nombreux Serbes se plaignent en tout cas de ne plus pouvoir se loger dans le centre ancien parce que les prix ont doublé. Un deux-pièces s’y loue désormais autour de 600 euros, un montant supérieur au salaire moyen de nombreux habitants. Certaines rumeurs vont jusqu’à prétendre que la présence des Russes aurait contribué à exacerber l’inflation sur les produits du quotidien.

D’après les derniers chiffres officiels, plus de 200 000 Russes ont trouvé refuge en Serbie après l’invasion de l’Ukraine. Au début, c’étaient surtout des dissidents, mais ces derniers mois il y a de plus en plus de travailleurs nomades qui veulent vivre plus librement. Le pays n’avait pas connu une telle vague d’immigration

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