Sans leur désobéissance, nous n’en serions pas là
Simone de Beauvoir, Cédric Herrou, Philippe Mangeot, Noël Mamère, Francine Bavay… Comme les Soulèvements de la Terre, dissous par le gouvernement, toutes et tous ont enfreint la loi pour défendre des libertés qui seront reconnues plus tard.
dans l’hebdo N° 1764 Acheter ce numéro

© HATIM KAGHAT / BELGA MAG AFP
La classe politique s’acharnait sur nous comme si nous étions des terroristes extrémistes.
Quand, en 2015, la France rétablit le contrôle aux frontières, nous, habitants de la Roya, sommes devenus les témoins d’un spectacle funeste. En 2016, de nombreux Érythréens fuyaient leur pays avant d’être enrôlés à l’âge de 18 ans par Isaias Afwerki, dictateur depuis maintenant trente ans. Ces gamins, alors âgés de 15 à 18 ans, traversaient la Libye, la mer Méditerranée, l’Italie, puis remontaient la vallée de la Roya depuis Ventimiglia pour entrer en France. Les gamins se cachaient car traqués par des militaires armés ; la chasse s’opérait sur les chemins de montagne, sur les voies ferrées, de nuit comme de jour, parfois des cris brisaient le silence, dont l’écho s’engouffrait dans ma boîte crânienne sans pouvoir en sortir. Les choses auraient pu se faire dans le calme et le respect, mais l’État décida de faire autrement, d’user de la violence. Nous, habitants de la Roya, par refus d’accepter cette chasse à l’homme, nous cachions ces jeunes dans nos maisons. Une déferlante de gardes à vue, de perquisitions, de procès s’abattait sur nous. Nous devenions des ennemis de l’État, des délinquants. La classe politique s’acharnait sur nous comme si nous étions des terroristes extrémistes alors que nous dénoncions des manquements graves et manifestes au droit d’asile et à la protection de l’enfance, une dérive illégale exercée par l’État français. Ma maison, devenue auberge de jeunesse, fut encerclée durant deux années par les militaires. Les exilés n’étaient plus seuls à être persécutés, nous l’étions aussi. Nous aurions pu être sages et nous taire, laisser faire en gardant nos portes closes. Nous dire : « Des morts il y en a eu, il y en aura encore, c’est ainsi » ; accepter l’inacceptable. Certains ont renoncé par pression, d’autres non. Mais que serait devenue la Roya si les habitants n’avaient pas lancé l’alerte et refusé cette dérive maltraitante ? La violence, une fois installée, se serait banalisée. Nous avons été en procès et nous avons gagné au nom du principe Fraternité, devenue valeur constitutionnelle grâce à notre combat. Si nous avions perdu, nous aurions tout de même continué. La loi m’importe peu quand elle fait
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