« Fermer les yeux » et mieux voir
Le grand réalisateur espagnol Victor Erice revient, trente ans après Le Songe de la lumière, avec un film splendide, pétri par le temps et l’expérience, où il est question de cinéma, de mémoire et de mélancolie.
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© Manolo Pavon
Fermer les yeux et voir apparaître un nouveau long-métrage de Victor Erice. Trente ans que nous l’attendions, son dernier en date remontant à 1992. C’était Le Songe de la lumière, sur l’acte de peindre, l’artiste Antonio López prenant pour sujet un cognassier et ses fruits, arbre qu’il avait lui-même planté. Une tension, presque un suspense, traversait l’œuvre, qui en devenait ainsi incandescente : comment capter cet infime instant où la lumière rend la nature morte vibrante sur la toile ?
Victor Erice avait été plus rapide, si l’on ose dire, pour réaliser les précédents. Une décennie entre chacun d’entre eux : L’Esprit de la ruche (1974), Le Sud (1983) et, donc, Le Songe de la lumière. Charles Laughton, formidable comédien, a réalisé un unique film, mais tellement sublime et devenu mythique : La Nuit du chasseur (1955). Victor Erice est un très grand cinéaste non par sa rareté, mais parce que chacune de ses œuvres déploie un monde d’une infinie richesse.
La première séquence de Fermer les yeux se déroule dans une demeure située à Triste-le-Roi, nom improbable. Sentant sa fin prochaine, un étrange personnage donne pour mission à un aventurier de retrouver sa fille à l’autre bout de la terre et de la ramener pour la revoir avant de mourir. Cette séquence est
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