« Anatomie d’une chute » : le principe d’incertitude
Palme d’or à Cannes, le formidable quatrième long-métrage de Justine Triet met en question la réalité des faits via un procès intenté à une femme accusée du meurtre de son mari.
dans l’hebdo N° 1772 Acheter ce numéro

© Unifrance
Retour au film. Après la Palme d’or au Festival de Cannes et les déclarations courageuses de Justine Triet, Anatomie d’une chute est désormais sur les écrans. Le public va pouvoir prendre la mesure de la singularité du quatrième long-métrage de sa réalisatrice et de l’importance qu’une telle récompense lui ait été attribuée. Inutile de dire que sur le papier, quand il n’était encore qu’à l’état de projet, rien ne pouvait lui prédire un tel destin. A sans doute joué en sa faveur le fait que le film contrevienne à (au moins) trois dogmes. De ceux qui participent à l’homogénéisation – voire à la standardisation – du cinéma français.
Il y a d'abord son excellente comédienne principale : Sandra Hüller. Le public français l’a découverte dans le réjouissant Toni Erdmann, de Maren Ade, en 2016. Mais elle n’est pas encore très connue de ce côté-ci du Rhin, et encore moins « bankable ». Puis, la forme narrative, pas aussi étonnante que celle qu’empruntait L’Île rouge, le film de Robin Campillo sorti récemment, mais où un long flash-back fait ici une irruption inattendue et décisive. Enfin, l’incertitude dans laquelle l’intrigue ne cesse de se tenir par rapport à la réalité des faits aurait pu pousser certains à redouter a priori que le spectateur éprouve trop d’inconfort. Or c’est l’un des aspects les plus ludiques du film. Comme dans un pur polar, la question se pose de savoir si Sandra (Sandra Hüller) a tué ou non son mari, Samuel (Samuel Theis), découvert mort, victime d’une chute, au bas de leur chalet de montagne par leur fils, Daniel (Milo Machado Graner, remarquable jeune acteur). À cette différence près que le film n’a pas de vraie résolution. Au spectateur de se faire son avis.
Sandra est accusée de meurtre, doit se doter d’un avocat, Vincent (Swann Arlaud), et endurer un procès. Celui-ci occupe une grande partie du film. Mais, contrairement à Autopsie d’un meurtre, le classique de Preminger dont le titre résonne avec Anatomie d’une chute, l’œuvre de Justine Triet n’est pas ce qu’on appelle un film de procès. Ou, plus exactement, la recherche de la vérité,
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