« Le syndicalisme doit se doter d’une vraie stratégie politique »

Dans un ouvrage collectif coordonné par le sociologue Karel Yon, plusieurs chercheurs et chercheuses questionnent la position des organisations syndicales, quelques mois après un mouvement social qui a redoré leur blason mais qui s’est soldé par un échec revendicatif.

Pierre Jequier-Zalc  • 16 octobre 2023 abonné·es
« Le syndicalisme doit se doter d’une vraie stratégie politique »
"On ne peut pas, comme le font les pouvoirs publics, vanter l’importance de la démocratie sociale et mettre en place des règles qui empêchent le déploiement de l’action syndicale."
© Maxime Sirvins

Karel Yon est sociologue, chargé de recherche CNRS au laboratoire Institutions et dynamiques historiques de l’économie et de la société (IDHES) Nanterre. Il est spécialiste des mouvements sociaux et des syndicats.

Ce 13 octobre, se déroulait la première manifestation intersyndicale depuis la défaite de la bataille des retraites. Comme on pouvait s’y attendre, l’affluence était bien moindre qu’au printemps dernier. Comment faire pour que l’intersyndicale réussisse à mobiliser en dehors d’une période de grand mouvement social ?

Il faut quand même saluer l’événement. Évidemment, si on part avec comme référence les degrés de mobilisation des manifestations contre la réforme des retraites, on ne peut qu’être déçu. Cette journée d’action a comme principale utilité de faire exister et d’entretenir l’existence de l’intersyndicale. Cela nous rappelle qu’en dehors de contextes très spécifiques, l’unité intersyndicale est un combat qui demande un travail volontariste de la part des organisations. Ce qui la fera tenir, c’est la volonté des syndicats de la préserver.

Or, de ce point de vue, en dépit du fait qu’il n’y a pas forcément une mobilisation massive aujourd’hui, le mouvement des retraites a inscrit dans les esprits la crédibilité et la légitimité des syndicats, notamment quand ils sont unis. Après, il y a un travail revendicatif et programmatique à mener pour faire en sorte que ce soit les syndicats qui dictent le tempo de la négociation sociale, et non les pouvoirs publics ou le patronat. La perspective de la conférence sociale (qui démarre ce lundi 16 octobre, N.D.L.R.) en est un bon exemple.

Justement, s’ouvre ce lundi 16 octobre cette conférence sociale, notamment sur la thématique des salaires. Les organisations syndicales

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