« Remettre de la démocratie dans le système alimentaire »
L’anthropologue Bénédicte Bonzi décrypte les dysfonctionnements de l’aide alimentaire en France et les violences qui en découlent pour les bénéficiaires. Elle défend le droit fondamental de toutes et tous à bien se nourrir.

© ADRIEN FILLON / hans lucas / AFP
Bénédicte Bonzi s’est immergée pendant cinq ans, de 2017 à 2022, dans une antenne des Restos du cœur en Seine-Saint-Denis pour observer le fonctionnement et les défaillances de l’aide alimentaire en France. Dans son essai La France qui a faim (1), l’anthropologue dénonce l’essor d’un « marché de la faim » qui engendre des « violences alimentaires », au profit des plus riches et du système agro-industriel.
Quel était le but originel des Restos du cœur, lancés par Coluche en 1985 ?
Bénédicte Bonzi : Le message de Coluche était : « Ce n’est quand même pas normal que, dans le pays de la bouffe, il y en ait qui n’en aient pas assez ! » Au départ, il voulait dénoncer la surproduction de denrées stockées au niveau européen et appelait au partage. Aujourd’hui, ces stocks n’existent plus, mais il y a des surplus agricoles dont on ne sait que faire, et plus aucune protection pour les produits agricoles, complètement soumis aux lois du marché mondial. Il faut donc produire des choses spécifiques et peu chères pour l’aide alimentaire, ce qui ne permet ni de payer le prix juste aux paysans ni d’avoir une alimentation de qualité. Il y a eu un glissement qui a engendré un marché de la faim, et les pauvres sont
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