Les drogues, un calvaire de plus pour les migrants

Depuis le début de la crise sanitaire, des jeunes sans abri originaires d’Afrique de l’Ouest et du Maghreb errent à la Guillotière, un quartier du 7e arrondissement de Lyon. Exploités par les réseaux de deal locaux, ils souffrent de graves addictions à des médicaments aux lourds effets secondaires.

Oriane Mollaret  • 6 décembre 2023 abonné·es
Les drogues, un calvaire de plus pour les migrants
Le quartier de la Guillotière, à Lyon, a vu se développer un important trafic de médicaments détournés de leur usage.
© Oriane Mollaret

Nigeria, 2019. Mustafa*, 16 ans, et sa bande de copains fuient l’école coranique où leurs parents les ont inscrits. Depuis huit mois, les garçons endurent les sévices courants dans ces établissements. Décidé à rejoindre l’Europe, l’adolescent traverse la Libye, où il est torturé, puis l’Italie, où il découvre le racisme. À l’hiver 2019, il échoue à Lyon. Mustafa se dit mineur, mais l’association Forum réfugiés, chargée par la Métropole de Lyon d’évaluer la minorité des jeunes migrants, retoque son acte de naissance. Le juge des enfants confirme cette décision. Le garçon tente alors sa chance à Grenoble, puis à Mâcon, en vain : la protection de l’enfance française ne le prendra pas en charge. Aujourd’hui, il passe ses journées à attendre que la vie passe, assis sur un banc de la place Mazagran, dans le quartier de la Guillotière, en plein cœur de Lyon. Contre quelques euros, il rend parfois de menus services aux dealers locaux. « Je n’ai jamais été heureux, ici ce n’est pas pire qu’ailleurs », lâche-t-il laconiquement.

« Zombies »

Comme Mustafa, ils sont plusieurs dizaines de jeunes à errer à la Guillotière malgré le froid humide de

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

La pollution, un impensé colonialiste
Analyse 6 février 2026 abonné·es

La pollution, un impensé colonialiste

Chlordécone aux Antilles, pénuries d’eau à Mayotte, aires d’accueil de gens du voyage contaminées, quartiers populaires asphyxiés… Les populations racisées paient le prix fort d’un racisme environnemental que l’écologie dominante peine encore à nommer.
Par Thomas Lefèvre
À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »
Reportage 6 février 2026 abonné·es

À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »

Depuis plus d’une décennie, l’association Da So Vas dénonce des conditions de vie alarmantes sur l’aire d’accueil en bordure de Lille et demande des solutions de relogement. Ce lieu est devenu un symbole du racisme environnemental subi par les gens du voyage.
Par Thomas Lefèvre
La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés
Histoire 5 février 2026

La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés

Marquées par les traumatismes de guerre, de racisme ou de pudeur, les histoires familiales des enfants issus des générations postcoloniales peinent à être partagées. Face à ces silences, les enfants héritent d’une mémoire fragmentée, et peinent à retrouver leur récit.
Par Kamélia Ouaïssa
Immigration : absents des plateaux, les premiers concernés créent leurs propres espaces d’expression
Analyse 5 février 2026 abonné·es

Immigration : absents des plateaux, les premiers concernés créent leurs propres espaces d’expression

Les médias dominants, ou mainstream, semblent aborder encore l’histoire coloniale et l’immigration à travers un regard dominant. Podcasts, médias indépendants et plateformes numériques deviennent alors des lieux de contre-récit, de mémoire et de réappropriation.
Par Kamélia Ouaïssa