Non à la fermeture de la Bourse du travail d’Aubervilliers !

TRIBUNE. Les représentants nationaux des organisations syndicales CGT/FSU/Solidaires, des syndicalistes, des chercheurs et des personnalités politiques signent une lettre ouverte pour la défense de la Bourse du travail d’Aubervilliers. Ils s’inquiètent des conséquences d’une telle fermeture sur l’accès au droit et la démocratie.

Collectif  • 19 janvier 2024
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Non à la fermeture de la Bourse du travail d’Aubervilliers !
© Solidaires 93

Lettre ouverte pour que la Bourse du travail d’Aubervilliers reste au service des droits et des mobilisations !

À Aubervilliers, le jeudi 28 septembre, la maire annonçait d’un ton péremptoire en conseil municipal la fermeture de la Bourse du travail de la ville sans avoir pris contact au préalable avec les syndicats de la ville et la commission administrative de la bourse. Ce n’est qu’après un rassemblement massif et déterminé le 9 novembre, jour de la convocation d’un conseil municipal à huis clos, nouveau témoignage d’un exercice abusif du pouvoir, qui sera finalement ajourné faute de quorum, que madame la Maire a daigné recevoir les syndicats pour leur confirmer sa décision unilatérale censée prendre effet à partir du 12 janvier 2024 !

Si ce projet aboutissait, une ville de plus de 90 000 habitant·es serait dépouillée d’un outil majeur du droit du travail.

Si ce projet aboutissait, une ville de plus de 90 000 habitant·es, avec près de 35 000 emplois sur son territoire et plusieurs milliers de privés d’emplois (taux de chômage 20,1 % en 2020), serait dépouillée d’un outil majeur du droit du travail. En effet, la bourse accueille tous les salarié-es des petites, moyennes et grandes entreprises et des services publics que compte la ville : Veolia, Saint-Gobain, RATP, Magasins Généraux, Centre Commercial Le Millénaire, Éducation nationale, l’administration territoriale… qu’ils soient travailleurs du bâtiment, du nettoyage, caissières, salarié·es de la culture, de l’éducation, cadres, des petites ou grandes entreprises privées ou intérimaires, contractuel-les, avec ou sans-papiers, privé.es d’emploi…

La mairie motive sa décision par le manque de salles de la ville pour les associations. Elle tente ainsi de diviser (en vain) associations et syndicats de la ville pour mieux régner. Or la seule responsable est la municipalité dont l’imprévoyance de sa gestion l’a conduite à ouvrir en grand le foncier aux promoteurs privés sans prévoir les équipements nécessaires à la vie en collectivité. Pourtant, les salles municipales ne manquent pas : réfectoires, écoles ou gymnases où il n’y a pas si longtemps encore s’organisaient des rencontres diverses. Là aussi, la mairie a restreint l’accès. Par ailleurs, la ville accueille aujourd’hui le gigantesque Campus en sciences humaines Condorcet : pourquoi ne pas permettre l’accès à des salles pour des associations de la ville quand elles sont libres ?

Enfin, l’Embarcadère, une salle polyvalente municipale de centre-ville de 400 places assises et 800 debout, ne pourrait-elle pas accueillir des événements « citoyens », des fêtes culturelles, des meetings, et non pas uniquement servir à la programmation de spectacles payants liés au show-business ?

Les Bourses du travail sont un conquis social de la fin du XIXe siècle. Si les locaux ont la plupart du temps été mis à disposition par les municipalités, elles sont administrées par les syndicats de façon indépendante. À Aubervilliers, mais aussi ailleurs (Arles, Épinal, Draguignan, Seclin, Montluçon, Montauban, Nancy, Villejuif, Béziers, Foix, Villejuif), elles sont de plus en plus attaquées, menacées de fermetures, jugées injustement inutiles et trop coûteuses par des municipalités antisyndicales qui demandent leur départ sous divers prétextes infondés.

Pour nos villes ouvrières et populaires, ces Bourses du travail constituent des lieux uniques de démocratie.

Dans des villes de Seine-Saint-Denis, Le Blanc-Mesnil, Saint-Ouen ou encore Bobigny, elles ont subi des attaques farouches qui ont mobilisé la population et parfois coûté à l’édile décrédibilisé son mandat lors de l’élection suivante. Pour nos villes ouvrières et populaires, ces Bourses du travail constituent des lieux uniques de démocratie et d’accès aux droits contre l’exploitation patronale. Lieux de permanence juridiques, où les gens entrent par le travail. Lieux de solidarité sociale. Lieux d’organisation de réunions, d’assemblées générales. Lieux de cohabitation et d’échange des organisations syndicales, qui s’y croisent et y débattent, s’y unissent et s’y confrontent. Le projet de la mairie d’Aubervilliers va à l’encontre des besoins démocratiques et essentiels des travailleur.s.es et habitant.es de la Ville.

La lutte menée contre la réforme des retraites a remis en avant la centralité du monde du travail et du syndicalisme dans la construction d’un monde plus juste et solidaire. La Bourse du travail d’Aubervilliers a donné sa part en organisant des assemblées générales, des actions collectives locales, des départs en bus, des garderies d’enfants. L’idée de fermer la Bourse du travail s’inscrit dans une volonté de la maire d’affaiblir la démocratie sociale. Ce faisant, on ne fait pas que faire taire les organisations syndicales, on oublie la colère qui gronde, notamment dans une ville comme Aubervilliers où l’abstention aux dernières élections municipales a été massive : 64 %.

Que vive la maison des syndicats !

Face aux solidarités qui s’étiolent, au monde du travail qui divise et étouffe les travailleurs, les Bourses du travail sont des lieux nécessaires ! Les syndicats doivent pouvoir continuer à s’organiser de façon indépendante, sans contrôle des pouvoirs publics. Ils doivent pouvoir continuer à recevoir des salarié·es et leur proposer un lieu dédié où ils-elles se sentent protégé·es. La Bourse du travail, rebaptisée par le collectif de défense, Maison des syndicats, doit vivre ! 


Signataires 

Pour les organisations syndicales :

  • Sophie Binet, CGT
  • Benoit Teste, secrétaire de la FSU
  • Murielle Guilbert, co-déléguée générale Union Syndicale Solidaires
  • Simon Duteil, co-délégué général de Union Syndicale Solidaires
  • Boris Gralak, secrétaire général du SNCS-FSU
  • Sophie Venetitay, Secrétaire générale du SNES-FSU
  • Gilbert Garrel, David Chaurand, Maryse Dumas de l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT, José Pinto, Alain Lepert, Gérard Mantovani de l’IHS 93.
  • Verveine Angeli, Christian Mahieux des Cahiers les Utopiques – Solidaires
  • Les sections syndicales SNTRS – CGT, section nord/campus Condorcet et Sud Recherche IDF présentes sur le campus de l’EHESS.

Premiers signataires du monde de la recherche et l’enseignement supérieur :

  • Paul Boulland, historien, CNRS
  • Thomas Coutrot, Économiste, Ateliers Travail et Démocratie
  • Alexis Cukier, Philosophe, Université de Poitiers
  • Magali Della Sudda, Chargée de Recherche CNRS, CED et Élue SNTRS Suppléante Au Csa du CNRS
  • Éric Fassin, Sociologue, Paris 8
  • Samuel Hayat, Chargé de recherche au CNRS, Sciences po
  • Nicolas Jounin, sociologue
  • Léa Lima, Professeurs de Universités, CNAM
  • Cédric Lomba, Sociologue, CNRS
  • Julien Lusson, Ateliers Travail et Démocratie
  • Laure Pitti, Sociologue, Université Paris 8
  • Julien Talpin,, Directeur de recherche au CNRS, CERAPS/Université de Lille
  • Karel   Yon, chargé de recherche CNRS / IDHES-Nanterre
  • La section de la Ligue des droits de l’homme de l’EHESS

Personnalités politiques :

  • Manuel Bompard, Coordinateur de la France Insoumise
  • Mathilde Panot, Présidente du groupe LFI-NUPES à l’Assemblée nationale
  • Jean-Luc Mélenchon, Co-président de l’Institut La Boétie
  • Fabien Roussel, Secrétaire national du Parti Communiste Français
  • Marine Tondelier, Secrétaire nationale Les écologistes – EELV
  • Olivier Faure, Premier secrétaire du parti socialiste
  • Pauline Salingue et Christine Poupin, Porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste
  • Olivier Besancenot et Philippe Poutou, Anciens candidats à la présidentielle, NPA
  • Nathalie Arthaud et Jean-Pierre Mercier, porte-parole de Lutte Ouvrière

Élu-es de Seine-Saint-Denis :

  • Nadège Abomangoli, Députée de la 10e circonscription de Seine Saint Denis, LFI
  • Clémentine Autain, Députée de la 11e circonscription de Seine-Saint-Denis, LFI
  • Soumya Bouraha, Députée de la 4e circonscription de Seine-Saint-Denis, PCF
  • Éric Coquerel, Député de la 1ere circonscription de Seine-Saint-Denis, LFI
  • Alexis Corbière, Député de la 7e circonscription de Seine-Saint-Denis, LFI
  • Fabien Gay, Directeur de l’humanité, Sénateur de Seine-Saint-Denis, PCF
  • Raquel Garrido, Députée de la 5e circonscription de Seine-Saint-Denis, LFI
  • Fatiha Keloua Hachi, Députée de la 8e circonscription de Seine-Saint-Denis, PS
  • Bastien Lachaud, Député de la 6e circonscription de Seine Saint-Denis, LFI
  • Jérôme Legavre, Député de la 12e circonscription de Seine Saint-Denis, LFI
  • Corinne Narassiguin, Sénatrice de Seine-Saint-Denis, PS
  • Stéphane Peu, Député de la 2e circonscription de Seine-Saint-Denis, PCF
  • Thomas Portes, Député de la 3e circonscription de Seine Saint-Denis, LFI
  • Aurélie Trouvé, Député de la 9e circonscription de Seine-Saint-Denis, LFI

Ont aussi apporté nominalement leur soutien, les secrétaires de la section EELV d’Aubervilliers et les membres du bureau exécutif d’EELV. 


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