« Tous les jeux sont à la fois sérieux et gratuits »

Comment acquérir son indépendance ? C’est la question qui traverse Los Delincuentes, du cinéaste argentin Rodrigo Moreno, film ludique et enthousiasmant. Entretien.

Christophe Kantcheff  • 26 mars 2024 abonné·es
« Tous les jeux sont à la fois sérieux et gratuits »
Quand bien même il y a un casse dans une banque, Los Delincuentes n’est pas un film de genre, ou alors du genre éco-anarchiste.
© Arizona Films

Traduit de l’espagnol par Tatiana Taburno.

Scène d’ouverture : Morán (Daniel Elias) parcourt les rues de Buenos Aires pour se rendre à son travail d’employé de banque. Générique de fin : le même Morán sillonne à cheval un paysage de campagne. Que s’est-il passé entre-temps ? Un élan personnel émancipateur conduisant à un changement de vie radical.

Dans la première partie de ce film de trois heures qui passent à la vitesse grand V, Morán met en œuvre un casse audacieux : il subtilise une grosse somme dans le coffre de la banque dont il est l’employé, en impliquant un de ses collègues, Román (Esteban Bigliardi), qui devient ainsi son complice. La somme représente autant de mois de salaire jusqu’à leur retraite ; Román doit la mettre en lieu sûr pendant trois ans et demi, le temps que Morán purge sa peine – parce qu’il a décidé de se rendre pour ne pas vivre avec la police à ses trousses.

Pour autant, Los Delincuentes n’est pas un film de genre. Ou alors du genre éco-anarchiste, pas dans la lignée de Scarface. Ces « délinquants » (delincuentes) sont des hommes ordinaires qui veulent échapper à la routine et à l’ennui. Morán le dit explicitement : il aspire à travailler et à vivre autrement. Comme le font ces trois « originaux », un vidéaste et deux sœurs, rencontrés sur sa route avant son incarcération, qui réalisent dans une nature collineuse et splendide un film sur les fleurs. Par un effet miroir, Román rencontre aussi, plus tard, ce même trio, dont Norma (Margarita Molfino). Il en tombe amoureux comme Morán avant lui (le jeu des symétries entre les personnages s’accompagne d’anagrammes sur leurs prénoms : Morán, Román, Norma, Morna, Ramón… ).

Le cinéaste argentin Rodrigo Moreno, dont c’est ici le sixième long métrage, questionne la fameuse et prétendue « valeur travail » dans un film gorgé d’humour et de sensualité. Franchement libertaire, avec un petit parfum années 1970 – même s’il se déroule de nos jours (on n’y voit cependant pas de téléphone portable, c’est rafraîchissant  !) –, Los Delincuentes met en scène une utopie réalisée. Non collective – c’est là qu’il est bien de notre temps –, celle-ci concerne quelques individus. Elle n’en est pas moins cruciale.

Le film témoigne aussi d’une forte

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Cinéma
Temps de lecture : 12 minutes