« Non, l’Europe n’est pas une passoire migratoire »
Le sociologue et démographe François Héran, professeur au Collège de France, pointe le durcissement des conditions d’accueil des migrants au lendemain du vote du pacte sur l’asile et la migration au Parlement européen. Entretien.

© ARIS MESSINIS / AFP
Un durcissement sans précédent. Hier, 10 avril, le pacte sur l’asile et la migration a été voté au Parlement européen, quatre mois après les États membres, validant une dizaine de directives et règlements ouvrant la voie à un contrôle renforcé aux frontières et un filtrage plus important des procédures d’asile. Le sociologue et démographe, François Héran, qui a publié Immigration. Le grand déni (Seuil, 2023) dénonce le filtrage « plus systématique » des demandeurs d’asile et le « jeu dangereux » autour du mot de "protection" lorsqu’il s’agit d’évoquer la question migratoire.
Quelle est votre première réaction au vote au Parlement européen du pacte sur l'asile et la migration ?
François Héran : Je n’ai pas été surpris par le résultat. Les négociations durent depuis des années et tout le monde expliquait que le texte allait vers un durcissement des conditions d’accueil et une dégradation des droits d’asile. Beaucoup de parlementaires de gauche répétaient qu’ils luttaient pour que le texte soit le moins mauvais possible. C’est un texte par défaut qui oublie la grande question migratoire. Depuis la crise de 2015, les pays européens sont très fracturés si on regarde leurs traitements des demandes d’asile. La Suède ou l’Allemagne ont fait des efforts considérables et les ont ensuite stoppés. La France est plutôt un tire-au-flanc en la matière. Le règlement de Dublin,
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