« L’homme aux mille visages » : les traces du mensonge

Dans un livre et un film, Sonia Kronlund relate les manipulations d’un homme envers plusieurs femmes et livre une œuvre réparatrice.

Lucas Sarafian  • 16 avril 2024 abonné·es
« L’homme aux mille visages » : les traces du mensonge
© Pyramide Films

Comment un mouvement de sororité ne bascule-t-il pas en règlement de comptes ? Toute l’entreprise à la fois artistique et documentaire de Sonia Kronlund repose sur ce fil. Un homme a trompé plusieurs femmes, il les a toutes manipulées, il leur a menti. Mais l’autrice et réalisatrice ne pose aucun jugement moral à son propos. Elle s’interroge et tente de comprendre. Pourtant, Sonia Kronlund aussi a déjà été trompée. « Les hommes que j’ai aimés étaient souvent malhonnêtes, menteurs, manipulateurs. Ça me désespère mais ça doit être mon genre. Cette étrange attirance m’a suivie dans mon travail. Je me suis beaucoup intéressée aux baratineurs, bonimenteurs et autres charlatans », expose-t-elle dès le début de son livre.

Dans L’Homme aux mille visages, à la fois récit-enquête (sorti il y a quelques semaines en librairie) et film documentaire – son ­deuxième long-métrage comme réalisatrice –, Sonia Kronlund raconte cet homme qui a pris cinq identités et mené simultanément plusieurs histoires d’amour « dans cinq ou six pays ». Pour l’une des femmes concernées, il s’appelle Ricardo et exerce à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes (Hauts-de-Seine) en tant que chirurgien thoracique.

Pour une autre, il est ingénieur dans les télécoms. Pour d’autres encore, il est également ingénieur, mais en construction automobile dans l’usine Peugeot de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Ou encore médecin envoyé dans des zones de guerre. Tantôt argentin, tantôt brésilien. Tantôt très croyant, tantôt fêtard. Romantique, dirait l’une ; plutôt timide, lui répondrait une autre. Il se fait appeler Alexandre, ou bien Daniel, Jeremias, Carlos ou Antonio. Mais, le plus souvent, c’est Ricardo, son vrai prénom.

Un jour, l’une de ces femmes prend contact avec Sonia Kronlund, qui

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Littérature Cinéma
Temps de lecture : 8 minutes