« Les quartiers populaires ne sont pas des déserts politiques »

Ulysse Rabaté, chercheur en science politique de l’Université Paris 8 Vincennes-Saint Denis, retrace dans son ouvrage Streetologie la culture de vie des quartiers populaires comme moteur à pratiques politiques.

Léa Lebastard  • 19 avril 2024 abonné·es
« Les quartiers populaires ne sont pas des déserts politiques »
Une photo de l'artiste Vince, dont le travail est utilisé pour illustrer Streetologie.
© Vince

Spécialiste des formes d’engagement politique au sein des classes populaires, Ulysse Rabaté tente de comprendre la culture politique des quartiers populaires en analysant les modes de vie de la street (la rue). En passant par l’analyse de leurs mobilisations, de la gauche, des textes de rap et même des Kanak en Nouvelle-Calédonie. Entretien, à l'occasion de la sortie de Streetologie. Savoirs de la rue et culture politique aux Éditions du commun.

En quelques mots, qu’est-ce que la "streetologie" ?

"Je voulais apporter une analyse du lien que les quartiers populaires ont à la pratique politique." (Photo : Karim Chula.)

Ulysse Rabaté : C’est un concept qui n’a jamais été utilisé en France, en tout cas pas sous cette forme. Ce livre fait une incursion dans la sociologie politique française, mettant en valeur un ensemble de savoirs formés et composés dans la rue. La streetologie (1) peut se définir comme un ensemble de compétences et de savoirs constitués dans l’univers social des quartiers populaires. La sociologie des quartiers a pu déjà mettre en lumière certains codes de ces quartiers. Je voulais apporter une analyse du lien que les quartiers populaires ont à la pratique politique. Au final, ce sont toutes les interactions bien plus nombreuses qu’on ne le croit entre ces savoirs, ces compétences et ce qu’on peut appeler une pratique politique.

Vous reprenez l’expression de « rendez-vous manqué » entre la gauche et les quartiers populaires, comment peut-on expliquer ce rapport conflictuel entre les deux ?

Je discute cette expression très répandue en France et la conteste un peu. Elle donne l’impression de clore le rapport entre la gauche et les quartiers. Or en observant la réalité et en la vivant, il est plus pertinent de parler de relation conflictuelle que d’un « rendez-vous manqué ». Cela suppose que nous arrivons après la bataille, mais celle-ci est permanente et bien moins linéaire que ce discours. Ce qui est intéressant ce sont les allers-retours en termes d’affection et d’affinité entre la gauche et les quartiers populaires. Il y a des moments de retour et de rencontre entre le discours de gauche et les mobilisations des quartiers populaires, comme à la dernière élection présidentielle.

En quoi la présence institutionnelle dans les quartiers populaires empêche,

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