Le Portugal regarde la droite radicale droit dans les yeux
Le pays célèbre cette année les cinquante ans de la chute de la dictature d’António de Oliveira Salazar, en plein retour en force de l’extrême droite sur la scène politique. Un choc pour les victimes du régime fasciste, qui tentent à leur manière de faire vivre la mémoire.
dans l’hebdo N° 1808 Acheter ce numéro

© PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP
"Je me souviendrai toujours lorsque mon fils m’a appelée pour me demander : 'Maman ? Ton grand-père faisait environ quelle taille ? Je crois que j’ai trouvé quelque chose' », se remémore avec émotion Ana Ferreira, 59 ans, habitante de Lisbonne. Après plusieurs jours à éplucher les anciens registres de la Police internationale et de défense de l’État (Pide) – les services de renseignements chargés au Portugal de traquer les opposants au régime fasciste de l’État nouveau (1933-1974) – son fils Miguel, âgé de 26 ans, a fini par dénicher le dossier de son arrière-grand-père. Luís António Ferreira (1907-1996), emprisonné pour la première fois en 1936, était typographe pour le journal República, et écrivait clandestinement pour Avante !, l’organe de presse du Parti communiste portugais.
L’Institut des archives nationales de la Torre do Tombo, à Lisbonne, compte près de 30 000 fiches similaires à celle de Luís António Ferreira, avec les noms, coordonnées, caractéristiques physiques et parcours carcéraux des résistants à la dictature d’António de Oliveira Salazar. Autant de témoignages du rôle central de la police politique dans le maintien du régime, surveillant, emprisonnant, torturant, et allant parfois jusqu’à tuer celles et ceux accusés de conspirer contre l’État.
À l’occasion du cinquantenaire de la révolution des œillets, du 25 avril 1974, marquant la chute de la plus longue dictature d’Europe, certains Portugais se replongent dans leur passé. « J’aimerais retracer l’histoire de mon grand-père. Il y a en particulier un livre dont il est l’auteur, que la police a confisqué lors d’une perquisition et que je voudrais récupérer. Peut-être qu’il y racontait ses détentions », explique Ana Ferreira. « Les agents de la Pide procédaient toujours ainsi : ils frappaient à la porte tôt le matin, en se faisant passer pour le boulanger qui venait livrer le pain. Ma grand-mère ouvrait, et là, ils entraient et frappaient tout le monde. »
D’après son dossier, comprenant des portraits de lui en noir et blanc à différents âges, Luís António Ferreira est passé par les pires prisons politiques du
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