« Réduire la littérature à un divertissement est un programme politique »

Avec Puissances de l’art ou la Lance de Télèphe, Bertrand Leclair envisage la littérature comme pratique artistique, dévoilant combien elle peut être une voie de connaissance, profonde et joyeuse.

Christophe Kantcheff  • 1 mai 2024 abonné·es
« Réduire la littérature à un divertissement est un programme politique »
Bertrand Leclair, de livre en livre, ne cesse de bousculer la langue morte des représentations admises.
© Richard Dumas

La matière première de l’écrivain, ce ne sont pas les idées, les thématiques ou les belles histoires, mais la langue. Depuis son premier livre, L’Industrie de la consolation (Verticales, 1998.), Bertrand Leclair ne cesse d’y propager ce souffle qui la revitalise, bousculant la langue morte des représentations admises. Alternant romans et essais littéraires, il publie aujourd’hui un livre prenant la mesure de ce que signifie la littérature comme art (et non comme objet de consommation culturelle). À l’heure où l’on nous rebat les oreilles avec les transfuges de classe en littérature, où il suffirait de faire du « roman social » pour être engagé, Puissances de l’art ou la Lance de Télèphe est autrement plus dérangeant, mais aussi source de joie. Rencontre avec son auteur.

Votre livre est l’émanation d’une réflexion que vous menez dans un séminaire qui aborde la littérature « en tant qu’elle est une pratique artistique ». Comment êtes-vous passé de cet atelier à ce livre ?

J’ai la chance en effet, depuis quelques années, d’animer un séminaire informel dont l’enjeu est d’interroger la pratique de l’écriture et de la lecture afin non pas d’enseigner quoi que ce soit, mais de transmettre ce que j’ai appris à connaître de la pratique littéraire comme expérience. Plutôt que d’une réflexion, je préfère cependant parler d’une pensée : cette pensée désireuse de toujours demeurer en mouvement est à la source de ce séminaire autant qu’elle y trouve un accueil où se déployer dans l’échange, serait-ce à tâtons.

L’une des grandes thèses du livre repose sur la distinction que vous faites entre deux notions souvent confondues, savoir et connaissance, la seconde vous apparaissant plus féconde que la première. Pourquoi ?

Je ne hiérarchise pas savoir et connaissance, évidemment liés, mais m’emploie à montrer qu’ils peuvent également être antinomiques. Le savoir a une nécessité sociale, la

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Littérature
Temps de lecture : 11 minutes