#MeToo gay et lesbien : « Sans écoute, la parole s’essouffle »
Si la dénonciation des violences sexuelles va croissant depuis le premier #MeToo en 2018, celle émanant des communautés LGBTI+ reste en sourdine, malgré une expression plus ouverte.
dans l’hebdo N° 1809-1810 Acheter ce numéro

© Fiora Garenzi / Hans Lucas / AFP
Quarante-huit mots sur Twitter et, vingt-six jours plus tard, Guillaume T., militant communiste de 20 ans, est retrouvé pendu dans sa chambre d’étudiant à Nanterre. Le 21 janvier 2021, il publiait une série de tweets, dont le premier dénonçait des faits de viol de la part d’un élu du PCF au Conseil de Paris, Maxime Cochard, et de son compagnon, Victor Laby, survenus trois ans plus tôt. « Je considère qu’ils ont profité de ma jeunesse, de ma naïveté », écrivait-il. Ce message allait susciter une nouvelle lame de fond sur les réseaux sociaux, déjà traversés par les vagues #MeToo et #MeToo inceste.
« C’était un moment particulièrement puissant et en même temps très déstabilisant », se souvient Romain Burrel, à l’époque directeur de la rédaction du magazine LGBTI+ Têtu. « Les mots de Guillaume et sa mort qui a suivi nous ont obligés à nous interroger sur le consentement, la 'zone grise' qui touche à l’ignorance, à l’innocence et à la manipulation dans nos relations », explique-t-il. Têtu consacre alors au consentement plusieurs articles et un dossier, enrichis de nombreux témoignages remontés à la surface de Twitter et d’Instagram. Le #MeToo gay, enfin ?
Quelques mois plus tôt, un journaliste du média Vice, Matthieu Foucher (Camille Desombre), rédigeait une longue enquête, « À la recherche du MeToo gay », appelant à une « prise de conscience collective » face au « tabou persistant » autour des violences sexuelles et de leur dénonciation dans la communauté gay. Chez de nombreux militants, l’article imprime alors une douloureuse mais salutaire empreinte, semblant mettre fin à une longue ère de silenciation.
La crainte de donner une image négativePendant quelque temps, les témoignages se multiplient. Ils ouvrent une porte que l’on pensait verrouillée, principalement pour éviter de projeter une lumière crue sur une communauté déjà discriminée. « En tant que gay, on passe déjà beaucoup de temps à se demander comment on va être perçu. Alors montrer au grand jour nos faiblesses, c’était un obstacle trop haut », analyse Romain Burrel.
Montrer au grand jour nos faiblesses, c’était un obstacle trop haut.
R. BurrelLe journaliste estime que ce tabou s’inscrit dans le contexte plus large qui a suivi l’adoption de la loi sur le mariage pour tous, contexte dans lequel les gays et les lesbiennes ont dû « montrer patte blanche à la société », tandis que les actes homophobes et lesbophobes grimpaient en flèche, notamment en 2013, comme le montrent les rapports de SOS Homophobie. Sur ce point, il est rejoint par Flora Bolter, codirectrice de l’observatoire LGBTI+ à la Fondation Jean-Jaurès. « Nous subissons individuellement des violences dans nos relations, mais aussi en tant que groupe. Dans ce contexte, donner une image négative de nos communautés apparaît comme un risque trop important, avec
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