#MeToo gay et lesbien : « Sans écoute, la parole s’essouffle »

Si la dénonciation des violences sexuelles va croissant depuis le premier #MeToo en 2018, celle émanant des communautés LGBTI+ reste en sourdine, malgré une expression plus ouverte.

Hugo Boursier  • 15 mai 2024 abonné·es
#MeToo gay et lesbien : « Sans écoute, la parole s’essouffle »
Affiches lors de la marche blanche en hommage à Guillaume T., le 18 février 2021.
© Fiora Garenzi / Hans Lucas / AFP

Quarante-huit mots sur Twitter et, vingt-six jours plus tard, Guillaume T., militant communiste de 20 ans, est retrouvé pendu dans sa chambre d’étudiant à Nanterre. Le 21 janvier 2021, il publiait une série de tweets, dont le premier dénonçait des faits de viol de la part d’un élu du PCF au Conseil de Paris, Maxime Cochard, et de son compagnon, Victor Laby, survenus trois ans plus tôt. « Je considère qu’ils ont profité de ma jeunesse, de ma naïveté », écrivait-il. Ce message allait susciter une nouvelle lame de fond sur les réseaux sociaux, déjà traversés par les vagues #MeToo et #MeToo inceste.

« C’était un moment particulièrement puissant et en même temps très déstabilisant », se souvient Romain Burrel, à l’époque directeur de la rédaction du magazine LGBTI+ Têtu. « Les mots de Guillaume et sa mort qui a suivi nous ont obligés à nous interroger sur le consentement, la 'zone grise' qui touche à l’ignorance, à l’innocence et à la manipulation dans nos relations », explique-t-il. Têtu consacre alors au consentement plusieurs articles et un dossier, enrichis de nombreux témoignages remontés à la surface de Twitter et d’Instagram. Le #MeToo gay, enfin ?

Quelques mois plus tôt, un journaliste du média Vice, ­Matthieu Foucher (Camille Desombre), rédigeait une longue enquête, « À la recherche du MeToo gay », appelant à une « prise de conscience collective » face au « tabou persistant » autour des violences sexuelles et de leur dénonciation dans la communauté gay. Chez de nombreux militants, l’article imprime alors une douloureuse mais salutaire empreinte, semblant mettre fin à une longue ère de silenciation.

La crainte de donner une image négative

Pendant quelque temps, les témoignages se multiplient. Ils ouvrent une porte que l’on pensait verrouillée, principalement pour éviter de projeter une lumière crue sur une communauté déjà discriminée. « En tant que gay, on passe déjà beaucoup de temps à se demander comment on va être perçu. Alors montrer au grand jour nos faiblesses, c’était un obstacle trop haut », analyse Romain Burrel.

Montrer au grand jour nos faiblesses, c’était un obstacle trop haut.

R. Burrel

Le journaliste estime que ce tabou s’inscrit dans le contexte plus large qui a suivi l’adoption de la loi sur le mariage pour tous, contexte dans lequel les gays et les lesbiennes ont dû « montrer patte blanche à la société », tandis que les actes homophobes et lesbophobes grimpaient en flèche, notamment en 2013, comme le montrent les rapports de SOS Homophobie. Sur ce point, il est rejoint par Flora Bolter, codirectrice de l’observatoire LGBTI+ à la Fondation Jean-Jaurès. « Nous subissons individuellement des violences dans nos relations, mais aussi en tant que groupe. Dans ce contexte, donner une image négative de nos ­communautés apparaît comme un risque trop important, avec

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Stérilet masculin : concevoir l’égalité hommes-femme
Récit 23 juillet 2026 abonné·es

Stérilet masculin : concevoir l’égalité hommes-femme

L’andrologue lilloise, spécialiste de la santé sexuelle et reproductive des hommes, s’est lancée dans la fabrication du premier stérilet masculin de l’histoire. Grâce à sa recherche, qui attise les curiosités, Julie Prasivoravong entend proposer une solution en faveur d’un meilleur partage de la charge contraceptive.
Par Hugo Forquès
Touristes et personnes exilées : les deux versants des Alpes
Reportage 22 juillet 2026 abonné·es

Touristes et personnes exilées : les deux versants des Alpes

Dans les Hautes-Alpes, à la frontière franco-italienne, coexistent deux mondes qui se croisent peu. Celui des touristes profitant de la montagne et celui des personnes exilées qui empruntent les sentiers dans des conditions dangereuses, aggravées par la militarisation de la frontière.
Par Pauline Migevant et Maxime Sirvins
Marié·es par amitié : la nouvelle désobéissance intime
Enquête 21 juillet 2026 abonné·es

Marié·es par amitié : la nouvelle désobéissance intime

Les actes politiques se jouent aussi dans la sphère privée, loin des manifestations, des meetings ou des actions coups de poing. Dans une France toujours contaminée par le patriarcat, des ami·es s’unissent pour s’offrir plus de protection et célébrer la force du lien.
Par Céline Martelet
Quartiers populaires : une culture politique capable de mobiliser
Analyse 17 juillet 2026 abonné·es

Quartiers populaires : une culture politique capable de mobiliser

À rebours d’une démocratie réduite aux élections, une pratique quotidienne et autonome de l’engagement politique existe dans les quartiers populaires. Entre solidarités et résistances de l’ordinaire, culture de la street et parole critique, une ouverture qui tranche avec un ordre établi.
Par Ulysse Rabaté