« Maria », les larmes de Maria Schneider
Dans Maria, Jessica Palud retrace avec empathie le parcours de la comédienne, brisée par le viol dont elle a été victime sur le tournage du Dernier Tango à Paris.
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© Haut et court
"Ça parle d’un homme et d’une femme qui se rencontrent par hasard et qui décident de se mettre entre parenthèses. C’est-à-dire de vivre une relation physique et désespérée. Sans rien savoir, même pas leur nom. Comme une sorte de pari impossible. » Telle est la façon dont le personnage du cinéaste Bernardo Bertolucci (Giuseppe Maggio), dans le film de Jessica Palud, résume pour la jeune actrice Maria Schneider (Anamaria Vartolomei) ce que sera Le Dernier Tango à Paris. Maria se sent loin du rôle. Mais parce qu’elle est une débutante, autrement dit une « page vierge », il croit en elle malgré l’avis réservé de son producteur. Il ajoute que Marlon Brando (Matt Dillon) a donné son accord pour interpréter le rôle masculin. La jeune femme de 19 ans – encore à certains égards une jeune fille – est aux anges…
Le deuxième long-métrage de Jessica Palud, aux allures de biopic, met en scène la longue dégringolade de Maria Schneider, aussi bien professionnelle qu’existentielle, qui a un point d’origine : la fameuse scène de sodomie forcée pratiquée avec l’aide d’un peu de beurre. Une scène qui a déclenché un énorme tumulte, rendant le film de Bertolucci non seulement sulfureux mais sujet à la censure pour pornographie : classé X dans de nombreux pays, il fut interdit aux moins de 18 ans en France au moment de sa sortie en 1972, tandis que Bertolucci, Brando et Schneider furent condamnés pour obscénité à deux mois de prison avec sursis en Italie. La comédienne ne put se défaire de cette scène à laquelle elle fut constamment réduite. Et les circonstances de son tournage l’ont durablement traumatisée.
JustesseJessica Palud (qui a commencé comme stagiaire sur Les Innocents – The Dreamers, de Bernardo Bertolucci !) a adapté librement le livre de Vanessa Schneider, la cousine de l’actrice, Tu t’appelais Maria Schneider (1). Elle en a retenu l’essentiel. D’où l’aspect concentré, sans fioritures, du film, qui touche par sa justesse. À l’occasion de sa présentation à Cannes, certains ont estimé que Maria péchait par trop de « sagesse » dans sa facture. Cette sagesse n’est autre que de la rigueur. On sait gré à la cinéaste, avec un tel sujet, de ne pas avoir cherché à en rajouter dans les effets ou à appuyer la
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