Gaza : l’incroyable silence de la rue arabe

Alors que les attaques israéliennes subies par les Palestiniens suscitent une indignation mondiale, les pays voisins restent étrangement atones. Pourquoi ?

Mussa Acher  • 12 juin 2024 abonné·es
Gaza : l’incroyable silence de la rue arabe
Il n’y a guère qu’au Maroc qu’on a pu voir des manifestations de soutien aux Palestiniens. Ici, le 11 février à Rabat.
© FADEL SENNA / AFP

Depuis le début du conflit, les pays arabes, qui disent défendre la cause palestinienne, affichent un silence pour le moins curieux. L’opposition à la guerre est plus vigoureusement affichée dans les rues de Londres, de New York ou de Bruxelles. Hormis peut-être Sanaa – entre les mains des houthistes, eux-mêmes engagés dans cette guerre – et Amman, où vit une forte communauté palestinienne, les capitales arabes semblent en total décalage avec la vague mondiale de mobilisation que suscite la poursuite des massacres à Gaza. Même la récente ébullition dans les campus universitaires en Occident n’a pas réussi à faire bouger la rue arabe. « Pourquoi nos étudiants ne font-ils pas la même chose ? », s’est interrogé l’écrivain égyptien Alaa El Aswany.

Depuis les grandes manifs des premières semaines ayant suivi l’offensive israélienne, à la suite de l’attaque sanglante du 7 octobre, très peu d’actions de soutien aux Palestiniens ont été organisées dans ces pays. Pourquoi ? Les régimes arabes ont-ils peur qu’un envahissement continu de la rue puisse se transformer en contestation de ces mêmes régimes ? C’est ce que pensent nombre d’intellectuels arabes. Hassan Abou Haniyeh, chercheur jordanien, estime que « les régimes despotiques arabes vivent dans la peur que le 'Déluge d’Al-Aqsa' [nom donné par le Hamas à son attaque du 7 octobre – N.D.L.R.] donne lieu à une ­deuxième vague de Printemps arabe dans la région, qui menacerait un ordre bancal fondé sur la répression ».

Les régimes dans des pays comme l’Égypte, le Yémen, la Tunisie ou la Libye, et dans d’autres encore, ont peur de la rue.

A. Moufok Zidane

Même analyse formulée par Ahmed Moufok Zidane, écrivain et journaliste syrien : « Un état de terreur et de panique, écrit-il, s’est emparé des régimes arabes autoritaires, dont en particulier ceux qui avaient connu le Printemps arabe et ses révolutions, dont les braises sont toujours sous les cendres. » Cet auteur soutient que « les régimes dans des pays comme l’Égypte, le Yémen, la Tunisie ou la Libye, et dans d’autres encore, ont peur de la rue parce que leurs politiques ne sont pas au diapason des aspirations de leurs peuples, qu’ils ont opprimés, torturés et poussés à l’exil ».

Les révélations faites par l’ancien émissaire américain au Proche-Orient Dennis Ross, selon lequel tous les responsables des pays arabes qu’il avait rencontrés approuveraient, en coulisses, « l’élimination rapide » du Hamas, en disent long sur l’état d’esprit actuel de ces dirigeants, selon l’auteur.

La question demeure posée

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

Rome-Tunis-Alger, super gardiens de la forteresse Europe 
Analyse 4 février 2026 abonné·es

Rome-Tunis-Alger, super gardiens de la forteresse Europe 

Le renforcement des relations entre l’Italie, la Tunisie et l’Algérie remodèle ces dernières années les équilibres de la Méditerranée en matière de surveillance, de défense et d’énergie. Un nouvel axe qui contribue à empêcher toute migration irrégulière, et renforce une Union européenne qui externalise toujours plus sa gestion des frontières.
Par Nadia Addezio
Au Soudan, le peuple pris au piège de la guerre
Analyse 30 janvier 2026 abonné·es

Au Soudan, le peuple pris au piège de la guerre

Depuis 2023, la population soudanaise tout entière est soumise au conflit et aux massacres auxquels se livrent les forces militaires dites régulières et leurs anciens alliés des « Forces de soutien rapide ». Elle fait face à une crise humanitaire sans précédent.
Par Isabelle Avran
Stephen Miller, un suprémaciste à la tête de la sécurité américaine
Portrait 29 janvier 2026 abonné·es

Stephen Miller, un suprémaciste à la tête de la sécurité américaine

Conseiller omniprésent de Donald Trump, l’homme impose une vision du pouvoir fondée sur la loi du plus fort. Architecte des politiques migratoires brutales, il fait du langage une arme et étend son influence bien au-delà de son titre officiel.
Par Juliette Heinzlef
Du Ku Klux Klan à l’ICE : le fantasme réactionnaire du mythe du chevalier
Décryptage 29 janvier 2026 abonné·es

Du Ku Klux Klan à l’ICE : le fantasme réactionnaire du mythe du chevalier

La figure du chevalier concentre chez l’extrême droite américaine une rhétorique de défense ethnique et religieuse aujourd’hui banalisée, dissimulant la violence qu’elle charrie.
Par Juliette Heinzlef