À Paris, quatre militants de gauche violemment agressés de nuit

Tard dans la soirée, mardi 2 juillet, plusieurs colleurs d’affiches pour Danielle Simonnet se sont violemment fait frapper. Pour eux, il s’agit d’un « guet-apens ». Six agresseurs armés ont envoyé un des colleurs à l’hôpital.

Maxime Sirvins  • 3 juillet 2024
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À Paris, quatre militants de gauche violemment agressés de nuit
© Keller Chewning / Unsplash

« Ils nous sont tombés dessus comme un petit commando », raconte Antoine*, juste avant d’aller chez le médecin. Hier soir, mardi 2 juillet, il est allé coller des affiches électorales pour Danielle Simonnet avec trois autres camarades dans le 20ᵉ arrondissement de Paris. Les quatre colleurs sont alors « violemment agressés par des militants d’extrême droite », comme l’explique la députée sortante dans un communiqué.

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Les prénoms suivis d’une astérisque ont été changés.

Vers 22 h 30, les quatre militants arrivent rue de la Plaine, à Paris 20e, pour poser des affiches sur les panneaux électoraux situés devant une école primaire. « Celle de Danielle Simonnet était taguée avec ‘antisémite’ et celle de Céline Verzeletti était arrachée », explique Antoine. Alors qu’ils commencent à coller, « un homme arrive » se souvient Rémi* qui sera le plus atteint. « Ça ne va pas être possible les gars », aurait lancé l’homme d’une quarantaine d’années qui était préalablement adossé contre un mur quand les colleurs sont arrivés. L’homme arrache alors l’affiche encore fraiche.

Tout se passe très vite. « Deux autres personnes, bien plus jeunes et masquées, arrivent et utilisent un pistolet lacrymogène. » Le ton continue de monter, une des colleuses, très jeune, se met à l’écart alors que Guillaume essaie d’éloigner les deux agresseurs, avec son balai utilisé pour coller les affiches. « Alors qu’on tente de les maintenir à distance, deux autres gars arrivent », rapporte Guillaume à Politis.

« Je suis par terre, je ne peux rien faire. »

Une fois au contact des colleurs, les gros bras aspergent Rémi à « quelques centimètres du visage » avec une bombe au poivre. Au sol, il ne peut plus ouvrir les yeux tant la douleur est forte. « J’avais tout le visage qui brûlait, ça me fait encore mal aujourd’hui. » Guillaume tombe au sol. « Ils commencent à me mettre des coups. Je suis encore gonflé aux jambes. » Antoine, plus loin, revient à la charge pour aider ses camarades alors que les insultes fusent comme « salopards d’antisémites ».

Ils savaient se battre et ils avaient de plus en plus envie d’en découdre.

Antoine

Pour Rémi, impossible de faire quoi que ce soit, il entend juste ce qu’il se passe autour de lui. « Je suis par terre, je ne peux rien faire. » Alors qu’il s’est réfugié derrière son camarade, Guillaume se souvient de voir les agresseurs hurler des « Viens là ! viens là ! ». Antoine commence aussi à recevoir des coups et Guillaume revient « sur la même ligne ». Il se souvient voir deux des agresseurs s’approcher de barres en fers sur le trottoir et dire : « On va prendre ça et on va les défoncer. » Pour en rajouter une couche, un sixième homme arrive. « Lui, il voulait nous finir aux poings, on aurait dit un boxeur », raconte un colleur.

« C’était un guet-apens, ils nous attendaient »

« Ils savaient se battre et ils avaient de plus en plus envie d’en découdre », raconte Antoine qui, comme Guillaume, est marqué de plusieurs hématomes. Mais heureusement, dans un hasard total, une voiture de la police municipale s’engage dans la rue et les agresseurs s’enfuient. Pour Antoine, « c’était in extremis » et les quatre militants « échappent au lynchage ». « C’était un guet-apens, ils nous attendaient », rajoute Guillaume. Pour les trois colleurs, la scène a duré « une éternité ». « Ils étaient organisés et ils voulaient nous tuer », lance-t-il, en attendant ses camarades le lendemain pour porter plainte.

La violence de l’extrême droite a frappé hier soir.

D. Simonnet

Après le combat, une ambulance, appelée par la police municipale, vient en aide au groupe. Rémi, qui ne peut toujours pas ouvrir les yeux, termine sa soirée à l’hôpital, mais faute de voir un médecin, décide de rentrer chez lui après plus de deux heures d’attente. Le lendemain, un médecin lui prescrit deux jours d’arrêt de travail. Encore sous le choc, il doit aussi voir un ophtalmologue alors que ses yeux le brûlent encore.

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Le lendemain de l’agression, le mercredi 3 juillet, Danielle Simonnet publie un communiqué : « La violence de l’extrême droite a frappé hier soir dans le 20ᵉ ». Un rassemblement est aussi organisé devant le commissariat du 20ᵉ à l’appel de la candidate, mais aussi par les groupes politiques de l’arrondissement : les Écologistes, le PCF, Génération.s, le NPA, Ensemble ! et la Gauche écosocialiste. Même s’ils ont encore du mal à passer à autre chose, les trois comparses ne comptent pas « baisser les bras ». Pour Guillaume, qui compte retourner au plus vite sur le terrain : « Ce ne sont pas ces violences et ces méthodes anti-démocratiques qui vont nous empêcher de militer. »

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