Argentine : braver la haine
La mise en œuvre du programme de Javier Milei a engendré des milliers de licenciements et une augmentation de la pauvreté. Cette violence sociale s’est doublée d’attaques contre les journalistes, les syndicalistes, les féministes. Des foyers de résistance s’organisent.
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© Luciano Adan Gonzalez Torres / Anadolu / AFP
De grandes tentes de toile blanche, bleue et noire s’étendent sur plusieurs mètres avenue Belgrano et rue Bolivar, à Buenos Aires. Le campement a pris forme début mars 2024, quelques jours après l’annonce par Javier Milei de la fermeture de Télam, principale agence de presse d’Amérique latine, et la seconde hispanophone dans le monde. Lors d’un discours devant les députés, le président élu fin 2023 justifie sa décision par son obsession : la réduction des dépenses publiques.
Il accuse au passage l’organe de « propagande kirchneriste » – une référence à Néstor et Cristina Kirchner, deux anciens dirigeants du pays, de centre gauche. Une sortie qui donne le ton de son mandat, caractérisé par des discours de haine contre les voix dissidentes. À chaque catégorie correspond une insulte ou un sobriquet péjoratif : les fonctionnaires sont des ñoquis (« payés à ne rien faire » en argot argentin), les journalistes des « vendus ».
Dès lors, rien d’étonnant à ce que le chef de l’État s’en prenne à l’agence de presse nationale. Le site internet de Télam affiche désormais un laconique « La page que vous essayez de voir est en reconstruction », et un dispositif policier s’est déployé devant ses bâtiments dans la capitale argentine, empêchant tout accès. Les centaines d’employés sont depuis dans l’expectative. Fernando Faia était chez lui lorsqu’il a appris la nouvelle. Journaliste depuis plus de trente ans, il est rédacteur en chef de la rubrique sport.
Ayant fait toutes ses armes chez Télam, il connaît bien la maison, suffisamment pour savoir que les tentatives de fermeture, « il y en a eu d’autres ». Cette fois, « quelques rumeurs circulaient, mais je n’étais pas certain que ce soit réel, donc j’ai quand même été surpris », avoue-t-il. Rapidement, les travailleurs et les travailleuses décident de s’organiser. « À partir du lundi suivant l’annonce, ma mission et celle de beaucoup de mes camarades étaient de réfléchir à la lutte pour contrer cette décision, détaille le journaliste. Résister est une responsabilité morale pour moi. Baisser la tête, ce n’est pas mon truc. »
Et cette résistance commence en faisant le pied de grue devant les anciens locaux. Le campement est occupé jour et nuit par les employés, qui se relaient. « Pour dire que nous sommes là et n’abandonnons pas nos postes de travail, quand bien même ils sont à l’extérieur », poursuit Fernando. Sous la toile, quelques tables sont installées, un peu de café et de maté traînent çà et là : de quoi recevoir aussi les
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