Avignon « in » : quand les cauchemars deviennent réalité
Avec Absalon, Absalon ! de Séverine Chavrier et Dämon d’Angélica Liddell, le théâtre s’affirme comme lieu de bruit et de fureur refermé sur lui-même et peu porteur de pensée. Loin des valeurs de service public prônées par le directeur du Festival.
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© Christophe Raynaud de Lage
"Mobilisation. No pasaran ». « La culture contre le racisme et pour le progrès social ». Tendues devant la façade du Palais des papes, deux fines banderoles affichent ces mots, signés respectivement par le Festival d’Avignon et la CGT Vaucluse. Avancée de quelques jours du fait des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, la 78e édition de la grande manifestation théâtrale s’apprête à commencer. Un groupe plutôt éparpillé se forme peu à peu au pied des slogans en réponse à l’appel de l’intersyndicale, en dépit de la trêve électorale.
En ce début d’après-midi du 29 juin, veille du premier tour des législatives anticipées, la menace de l’arrivée au gouvernement du Rassemblement national est pourtant sur toutes les lèvres. Une peur qui se concrétise avec les résultats du premier tour, confirmant les alarmantes prévisions des sondages en faveur du parti de Jordan Bardella et de Marine Le Pen et les craintes souvent exprimées en ce sens par Tiago Rodrigues, à la tête du festival depuis 2022. Son annonce, après la tombée des résultats, de la tenue d’une « Nuit d’Avignon » dans la soirée du 4 au 5 juillet confirme son désir de défendre les valeurs du service public et de la culture.
Faisant régulièrement référence à la fondation de l’événement théâtral par Jean Vilar, à son lien direct avec la Seconde Guerre Mondiale, dont il devait contribuer à réparer les dégâts immenses, le directeur actuel n’a de cesse de répéter l’urgence de faire barrage à l’extrême droite. Il annonçait par exemple, dans un entretien au Monde daté du 16 juin, qu’il refuserait de coopérer avec le RN si celui-ci arrivait au pouvoir, en précisant que ce scénario catastrophe n’impliquerait pas sa démission, le festival n’étant – en tant qu’association – pas sous la tutelle de l’État. On a aussi pu lire sa détermination à faire d’Avignon un « festival de résistance » dans le cas où ce séisme aurait lieu.
ScepticismeAprès les deux spectacles d’ouverture du cru 2024 et la création du directeur lui-même, dont nous parlerons dans le prochain numéro, ce type de déclaration ne peut hélas être accueilli au mieux qu’avec scepticisme. Aussi bien Absalon, Absalon ! de Séverine Chavrier que Dämon. El funeral de Bergman d’Angélica Liddell donnent en effet au préambule de cette édition un visage bien peu tourné vers l’extérieur. Si ce visage est sombre, peuplé de cauchemars et de peurs, ceux-ci sont très peu reliés au présent et à ses injustices sociales, auxquelles Tiago Rodrigues dit pourtant vouloir connecter étroitement la grande manifestation qu’il orchestre.
La première pièce, présentée à La FabricA, où s’invitent toujours les créations parmi les plus amples du festival, s’inspire pourtant d’un
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