Au Festival d’Avignon, le théâtre cherche sa langue
Dans le contexte politique incertain des dernières semaines, le Festival a manqué de langues fortes et singulières pour accompagner la pensée et nourrir l’espoir. Face à une majorité de créations revendiquant un fort ancrage au réel, de rares percées de l’imaginaire furent précieuses. Et non moins politiques.
dans l’hebdo N° 1818 Acheter ce numéro

© CLÉMENT MAHOUDEAU / AFP
À défaut de grand bouleversement artistique, c’est la « Nuit d’Avignon » annoncée par le directeur du festival, Tiago Rodrigues, au lendemain des résultats du premier tour des élections législatives qui fit événement dans la cité papale entre le 30 juin et le 7 juillet, jour de soulagement. Au milieu de cette période d’attente, tendue pour le secteur du spectacle vivant, à qui l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national fait alors craindre, comme à tous les autres acteurs du service public, des heures sombres, l’événement se veut « populaire ».
Sur les tracts réalisés en vitesse par l’équipe du festival et distribués à l’entrée de chaque pièce du In, la « Nuit » se présente comme un moment de lutte contre « l’inéluctabilité supposée de la victoire de l’extrême droite ». Fixée à minuit et demi, l’invitation est très largement honorée par les festivaliers. Ils remplissent entièrement les 2 000 places de la cour d’honneur du Palais des papes, dont la symbolique forte pour les arts et la culture a donné de l’ampleur à la manifestation en contribuant à sa bonne médiatisation. Les articles et émissions relatant cette soirée permirent en effet de la sortir quelque peu du cercle d’initiés où, en dépit des bonnes intentions d’ouverture affichées par le festival, elle s’est tenue.
Difficile ouvertureComposé d’interventions d’artistes, de personnes issues du secteur public, syndical, politique et associatif, le rendez-vous ne fut guère tout à fait l’agora populaire promise. Sans le QR code reçu sur inscription par mail, minces étaient les chances de pénétrer dans la fameuse enceinte. Les peurs, les colères exprimées par les paroles des uns, les morceaux ou encore les poèmes des autres ont témoigné à la fois d’une puissante solidarité interne et de l’ouverture compliquée à l’extérieur que nous évoquions la semaine dernière dans ces mêmes colonnes.
La pièce Hécube, pas Hécube, de Tiago Rodrigues, venait illustrer malgré elle cette double tendance. Bien en peine d’habiter l’immense arc cintré de pierre de la carrière de Boulbon, où ils semblent presque avoir été projetés par erreur, les acteurs de la troupe de la Comédie-Française – Elsa Lepoivre, Éric Génovèse, Denis Podalydès, Loïc Corbery, Gaël Kamilindi, Élissa Alloula et Séphora Pondi – y interprètent un tissage entre deux écritures : celles d’Euripide et de Tiago Rodrigues. Ce mélange produit hélas bien peu de sens.
La tragédie de l’héroïne éponyme d’Euripide, dont la quête de vengeance de ses enfants
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
« Rien de plus qu’un peu de moelle » : rire et résister avec Rabelais
Pasolini, la conspiration du pétrole
Au Kosovo, le théâtre lutte et relie